jeudi 15 janvier 2015

Paal NILLSEN-LOVE & Otomo YOSHIHIDE

Paal NILLSEN-LOVE, batteur norvégien de son état, aura confronté le martellement de ses peaux avec toute la fine fleur qui évolue aux confins bâtards du jazz le plus libre et échevelé; que ce soit en solo, en duo (avec Peter Brötzmann, Ken Vandermark ou encore Terrie "EX" Hessels...), et notamment au sein de The THING, power-jazz trio qui n’hésite pas à verser dans la noise au gré des collaborations.
Otomo YOSHIHIDE est une légende, underground s’il en est, dont seul le Japon en a le secret (à l'instar de Keiji Haino, du collectif Boredoms, K.K Null ou Masami Akita - aka Merzbow) . Maniant les platines disque de façon "peu orthodoxe" (=extrême) et l’électronique pointue, tout autant que le manche de guitare, il brasse les styles goulûment, les retranchant le plus souvent dans leurs limites. Ce n’est pas la première fois que les deux acolytes se rencontrent, Otomo Yoshihidé ayant déjà tapé le boeuf avec The THING.
Captation d’un concert à Copenhague en mai 2013, le présent disque voit YOSHIHIDE dépouillé de tout oripeau électronique, guitar-hero assis croisant le fer avec un batteur tendu à l’extrême. Duo et duel flirtent dangereusement pour fusionner dans un déluge de notes chauffées à blanc, poursuivies par une polyrythmie implacable. Certes, il n'y a là rien de bien nouveau dans ce genre de prestation, si ce n’est cet instant du moment de LA rencontre, qui se substitue à la note bleue, et surtout la force de conviction sans faille d'exécutants aguerris, qui régurgitent dans leurs idiomes respectifs, un héritage commun qui a bien dû commencer quelque part entre les délires acidifiés d’Hendrix et l’atypique Interstellar Space de John Coltrane. La petite histoire se poursuivant aussi bien avec Ash-Ra Tempel, un cryptique Rudolph Grey/Blue Humans, Ascension (duo introuvable !) ou encore le Caspar Brötzmann Massaker (fils de Peter...), William Hooker qui jamme avec Thurston "sonic" Moore... Passeurs de relais et maillons d’une chaîne sans fin, NILLSEN-LOVE et YOSHIHIDE, jouent, simplement, et déversent leur trop plein d’énergie dans nos oreilles fertiles encore avides d’excès. Au final, c'est la notion de space-rock qui prendra du plomb dans l’aile, le jazz se voit sérieusement décrassé, et on en arriverait à penser que le rock est  un genre ennuyeux et prévisible.
Simple, radical, et porté par l’inspiration du moment. De ces rencontres telluriques qui peuplent encore le monde de l’improvisation libre (et sauvage).

L'Un


Paal Nillsen-Love & Otomo Yoshihide ((Jvtlandt 2014).

(c'est le seul extrait disponible de leur performance... Très inférieur à la qualité d'enre-
gistrement de l'album)


Otomo et The Thing donc...


(et pour un aperçu du travail pour le moins... RA-DI-CAL de Yoshihide.... )

 

vendredi 19 décembre 2014

Andrea BELFI : Natura Morta

Depuis le remarquable et conceptuel  « Knot »,  premier effort en solo, Andrea BELFI n’aura cessé de redéfinir le cadre de ses préoccupations, remettant (en jeu) son set de batterie au centre d’expérimentations et collaborations diverses.  « the Myth of Persistence… », « Pulses & Places », « Wege »…  : une discographie conséquente se déclinant comme autant de variations réductionnistes pour  pulsations décharnées sur oscillations électro-acoustiques ; la dite batterie  souvent intégrée au dispositif électronique.
Avec  « Natura Morta », BELFI renoue avec l’introspection du travail en solitaire de « Knot », replongeant dans un continuum obsessionnel, où le percussif se réapproprie discrètement le rôle central et moteur autour d’un fragile canevas de boucles de synthés analogiques entrelacées. Disque de batteur désormais en apesanteur, observant d’un calme rituel un phénomène vibratoire, organique et pulsatif constamment réinventé. Lent déploiement contrôlé de trames sous-jacentes et résurgentes.
En se tenant à une saine et raisonnable distance entre les univers parallèles de l’électroacoustique la plus exigeante et d’un post (post)(kraut) rock , Andrea BELFI évite tout académisme figé et la redite chiante, délimitant de la sorte un espace de jeu hypnotique et n’appartenant qu’à lui seul. Dans le doute, on pourra  sans trop de risque rattacher son œuvre à cette hypothétique  « école minimaliste italienne » : un refuge de vieux potes basé à Bologne, ouvert à tout horizon, et dont je n'ai probablement pas fini de parler dans ces pages. 

L'Un.

Andrea BELFI : "Natura Morta" (Miasmah. 2014).


jeudi 27 novembre 2014

PUNCH : They don't have to believe.

Ça aurait pu être un de ces groupes  interchangeables sans originalité, aucune ; sous-produit de ce que les banlieues résidentielles américaines de la white middle class savent nous pondre au kilomètre : une musique hardcore répliquée à l’infini, un espace  de révolte codifiée cristallisant l'angoisse du mâle adolescent face à un monde glissant et incertain. Plus ultras que leurs prédécesseurs à qui ils contestent une soi-disant  « légitimité », des ces groupes qui ânonnent avec la conviction du zélote un prêchi-prêcha copié-collé ad-nauseam : antifa, pro-végan, anti-homophobe, féministe. Un positionnement politico-arty  dont l’esthétique radicale vient souvent en contradiction avec les codes virils du genre.
Et PUNCH aurait très bien pu faire partie de ces groupes-là.
Mais voilà :  le quintette de Frisco au nom en forme de manifeste n’y va pas par 4 chemins, hésitant rarement ente le plexus et la trachée. La différence tient dans ce sentiment d’urgence totale et sans filet. Directe et sans afféterie, la musique sans être originale brille par une qualité d’exécution sauvage et maitrisée. Fragile équilibre de tous les instants porté à bout de bras par ce petit bout de femme en furie, qui s’escrime à hurler, frontale et possédée. Meghan O’Neil apporte au hardcore punk cette petite part de Yin (principe féminin) qui fait si souvent défaut. PUNCH  ne régurgite pas un catéchisme bien appris mais se l’accapare et l’incarne littéralement avec tous les excès propres au genre. Un batteur monstrueux propulsant le reste du groupe dans des strates encore insoupçonnées sur leur précédent album.
PUNCH ? une musique centrifuge.

L'Un.

PUNCH : "they don't have to believe" (Deathwish. 2014).

vendredi 14 novembre 2014

mixtape solo #3

2° mixtape par l'Un des energumènes. Sur le même principe que la précédente (superposition, modification d'enveloppe), mais loin d'être aussi méditatif... Plus tendu, tourmenté et fuligineux, comme au sortir d'un rêve agité dont on à peine à s'abstraire.



TRACKLIST :
Pantha du Prince & the Bell Laboratory : wave
Steve RODEN : Airform
MACHINEFABRIEK : Slapping Dance
BORBETOMAGUS & VOICE CRACK : #1 (asbestoshake)
I8U : Boson
HAXAN CLOAK : Mara
HAXAN CLOAK : Mirror Reflecting
HAFLER TRIO : Masturbatorium
David TOOP : The Slapping Gun
BARK ! :
HAFLER TRIO : FUCK
Steve FISK : amateur european
YOU FANTASTIC ! : riddler ep
Han BENNINK : another mess
CUT HANDS : rain washes over schaff
CUT HANDS : who no know go knows
MOUTHUS : century of divides
CARTER TUTTI VOID : V3
HIGH WOLF : Freedom or death
EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN : Durstieges Tier
SONIC YOUTH : Lee is free
Michael BROOK : vacant
Steve RODEN : Winter Couplet