mercredi 2 janvier 2019

BUNUEL The Easy Way Out


Las d’un Oxbow s’affinant avec le temps certes, mais avec  un album tous les 6-7 ans, notre proverbial chanteur sous stéroïdes  a remisé le micro dans son slip pour offrir ses talents controversés au sein d’un combo  transalpin d’agités du manche. L’envie d’aller distiller son blues de partouzeur ainsi que ses coups de tatanes quelque part  ailleurs, et de se confronter à des partenaires en crime aux propos plus qu’affutés. Et l’inaugural "Boys to Men" définit d’emblée le cadre décalé, le combo flirtant dangereusement sur les traces suintantes et malsaines d’un Oxbow période Serenade in Red – An Evil Heat , s’affranchissant par la suite de cette filiation restrictive. Bunuel, c’est peut-être pour Eugene Robinson le moyen de satisfaire ses tendances schizophrènes, surfant entre cette volonté affichée d’embourgeoisement  des derniers Oxbow, et celle toujours enfouie dans ses tripes d’en découdre avec à peu près tout et n’importe quoi; à commencer par lui-même. Et Buñuel lui offre cette fuite en arrière régressive qui n’a de bornes que la qualité d’exécution du combo italien : une noise inventive au propos sec, vif et acéré, bien plus à l’aise dans la rapidité et la syncope que dans un tourbillon rampant de riffs en fusion. La dichotomie efface la troublante ressemblance avec le monstre pré-cité. Cette géométrie nouvelle à structure nerveuse opère à merveille et supporte pleinement la personnalité envahissante de son lutteur-vocaliste. C’est en fait la deuxième collaboration du groupe ; si l’initial Happy Hour pouvait laisser penser à un one-shot  purement récréatif,  l’essai transformé de The Easy Way Out n’emprunte  pas vraiment la bretelle de sortie vers des territoires apaisés.


L'Un.

BUNUEL The Easy Way Out (LaTempestaInternational. 2018)




samedi 8 décembre 2018

St FRANCIS DUO "peacemaker assembly"


"quand nous retrouver réunies, dans tonnerre et éclairs, ou pluies ?"
(W. Shakespeare)

Au commencement était le Verbe.
Mais plus probablement le Son.
Bruit du Bruit.
Et ces gars-là s’en accommodent tout à fait…
De  ces collaborations antinomiques qui n’ont de cesse de redéfinir la triangulation du duo dans le petit monde de la chose improvisée (on l’a déjà évoqué, le point de départ se situant arbitrairement avec le soprano de Coltrane et les fûts de Rashied Ali. Entre, il y a bien dû y avoir le rouleau compresseur Sonny Sharrock).
Ce n’est certainement pas ici qu’on va retracer la bio bourdonnante de Stephen O’ Malley, producteur et guitariste encapuchonné, sans pour autant être reclus, qui a su reculer et mélanger  les frontières et genres à priori hermétiques. Que ce soit avec les messes vibrantes et métalliques du drone-doom de Sunn O))) où au sein de rencontres versatiles avec ses pairs, la quête de transe extatique pour plus petit dénominateur commun.
Deuxième disque, deuxième séance de reptation avec le batteur free et anglais Steve Noble, histoire de transformer l’essai. La volonté première d’en découdre frontalement  a du coup effectué sa mue par une structuration des échanges plus affirmée. Les possibles éparpillements des joutes initiales  voient dorénavant leurs énergies strictement canalisées. Continuum rampant, qui s’affirme au rythme d’une marée galopante. L’implacable ressac du jeu des cymbales soutient la masse d’accords monochromes d’O’Malley. Progression tendue, tout en grondements de toms, les strates amplifiées invariablement renvoyées dans les cordes et volutes d’un feedback parfaitement maitrisé.
Climax.
Le deuxième morceau passe subtilement la main aux frappes appuyées, roulement saccadés et feulements des balais  de Steve Noble, la guitare se fondant en lointains échos tourbillonnants.
A l’aube du septième jour, on n’a jamais vraiment su si la lumière fut, mais les murs de l’église de Saint Francis de Sales conservent encore les stigmates de cette séance de drone-jazz  roboratif.

L’Un.

St FRANCIS DUO "Peacemaker Assembly" (TROST. 2015)


lundi 5 novembre 2018

Nicolas BERNIER "les arbres"



« de dérives lointaines en diagonales quantiques, une fuite à ciel ouvert » (C. Férey).

Faux calme en lignes de fuite d’avant la tempête, lorsque l’air ambiant se fait masses en mouvement, le sol s’efface sous les pieds. Sous un formalisme austère et rigoureux,  le pressentiment constant d’une dislocation imminente. Nicolas Bernier nous distille ses fréquences angoissées par pesants agrégats sonores qui estompent les fourmillements d’un instrumentarium organique qui s’interroge, captif de cet espace vicié. Une ballade en fins électrochocs, un tour de force tellurique jamais loin du point de rupture.  Une discrète poésie de l’instant tisse le fil narratif sombre et désabusé d’un film noir passé dans une boucle électroacoustique oxydée. 
C’est terriblement contemporain…




L'Un. 

Nicolas Bernier "Les Arbres" (NoType. 2008)



lundi 1 octobre 2018

BC35... Martin Bisi, his studio & friends...



"encore une nuit de merde dans cette ville pourrie"  
(Nick Flynn)

BC Studio. 
Temple secret d’un underground newyorkais un peu daté, le cryptique Martin Bisi derrière les manettes… La Grande Pomme se faisait encore menaçante à l’époque, lorsque, tapis dans l’ombre de son arrogante verticalité, ses bas-fonds charriaient  des rivières de junkies, gangs et bohèmes à la dérive, un cosmopolitisme vibrionnant  pour toile de fond et terrain de jeu. New York ville de toutes les avant-gardes : proto hip-hop, no wave, hardcore, garage punk (flamboyant) et fusions de tous poils. Une cave au fin fond de Brooklyn dans laquelle une poignée d’insectes blafards et malfaisants venaient fixer sur bande leurs sombres rituels électrifiés en entamant une de danse de saint Guy consumée par le feu.
BC35.
Un peu plus de 3 décennies à commémorer…
On y retrouve des intemporels : membres des SWANS, Jim « Fœtus »  Thirlwell (mais où est Lydia Lunch ?). Des seconds couteaux mythiques (et inconnus) : Cop Shoot Cop, Of Cabbages and Kings, Live Skull…  La relève aussi avec le duo activiste de White Hills ou Tidal Channel….
S’il fallait retracer plus finement cette ligne en pointillés d’un heavy rock urbain sans concessions, manquent à l’appel quelques Unsane, Chrome Cranks, le snuff-jazz extrémiste de Borbetomagus et surtout l’omnipotent (et co-fondateur de l'institution ) Bill Laswell. L’évidence incontournable du monolithique Sonic Youth brille aussi par son absence (ok, il y a bien la frappe de Bob Bert en intro mais bon…), ou encore le gros égo d’un Jon Spencer, même si les survivant  de Lubricated Goat (=
Swans meet the Blues Explosion) font l’affaire…
La séance annoncée  de potlatch improvisé prend plutôt la forme  de joyeuses retrouvailles entre vieux potes inscrits aux Alcooliques Anonymes. Jam sessions informelles, performances très sérieuses pour d’autres, du dispensable rarement, mais du bon souvent,  voire très bon, lorsque les roulements batteries martèlent une cadence martiale et une basse grumeleuse vous colle aux tripes (d’emblée, les 4 premiers morceaux en enfilade, mention spéciale pour le très dark-jazz "Disintegration in the well" de la fin…). Moments d’extase parfois rampants;  on est alors replongé sans ménagement dans ces excès sonores passés qui dû bousiller les murs du studio et les tympans de son hôte et fait tout le charme et la gloire sans lendemain des clubs miteux de la ville. 
Anachronique ? Oui. 
Disque de vieux cons sous benzodiazépine  pour des vieux cons nostalgiques de Bad Lieutenant et autres Taxi Drivers (New York 1997 n’est pas loin, Carpenter rôde…), dont la bande vhs est aussi usée que les bras piquouzés de Johnny Thunders. Un New York dur et sale d’avant les Starbucks Coffee en série qui s’identifiait plus aux obsessions sordides des romans d’Hubert Selby Jr, qu’au clinquant penthouse de l’actuel  freak président à moumoute peroxydée. Un New York délicieusement has-been que doit désormais regarder non sans une certaine tendresse le plus et grincheux (et jadis peroxydé…) des street poets newyorkais, parti depuis pour une ballade bien au-delà du côté sauvage de cette fascinante nécropolis.
Contort yourself, 2 times…


L'Un.

BC35 (BronsonRecording. 2018)