mardi 11 juin 2019

ANGUISH et son post ? free ? rap ?

A ma gauche, Hans Joachim Irmler, vétéran prolifique des légendaires Faust, à ma droite, la relève, catégorie souffleur forcené et impro radicale avec Mats Gustafsson flanqué des musiciens de son groupe FIRE! Au centre, pour lier tout ça et débiter le flow en nappes épaisses,  Will « Dälek » Brook, rompu aux rapprochements de galaxies lointaines (sa collaboration anguleuse avec… Faust mais aussi The Young Gods). Rencontre au sommet de petites légendes underground d’horizons hétéroclites. 
Infra-groupe  plutôt que consensuel « super-groupe ».
Les tricotages d'Anguish (enregistrés sur les bords du Rhin chez
Irmler), forment un dosage de ces forts caractères sachant être à l'écoute des autres. Un point de convergence qui prend souvent la forme de collision des genres. Entre stridulations stratifiées et ballades post-blues flippées et motorik en boucles saturées, Anguish ne sort pas de sa zone d’inconfort pour mieux malmener celui de l’auditeur audacieux. Embarquement dans une navigation à vue au gré de sept pépites éminemment dystopiques et tumultueuses. 
« Turbulences » comme soufflait l’autre…

 L'Un.

Anguish : s/t  (RareNoise. 2018)



 

lundi 20 mai 2019

Mixtape d'Un Energumène #10

Phase au mur...



Tracklist :
-Marc BEHRENS Paolo RAPOSO -  Hades 1
-Valerio TRICOLI - did they did I
-Martin KUCHEN - unidentified #15
-Martin KUCHEN - unidentified #1
-Kevin DRUMM - A Loop
-ELEH - bright  & centre
-ELEH night of pure energy
-Nicolas BERNIER – déplacement des particules
-Jim HAYNES -  Sever
-Luigi TURRA - Haresansui
-Luigi TURRA - Wa
-SbARdX – home ritual
-Andreas BICK -  Frost Pattern
-OVAL -  SDIIaudio template
-G.ZEH & B.WILLIAMS – dots
-Kevin DRUMM – trouble
-Tomas GOUBAND – Courant des vents
-SEARCH ENSEMBLE : Prescient Legends #5 (Cédric Peyronnet, Slavek Kwi)
-SEARCH ENSEMBLE : Prescient Legends #6 (Cédric Peyronnet, Dale Lloyd)
-P.DUIMELINK & R.MEELKOP & R.WEHOWSKY - Trivelogue
-23 SKIDOO – Mahakala
-Akio SUZUKI – Tanabata
-KOYUKI – Deceptive white
-Darren McCLURE – (from Yugen Art comp)
-SEARCH ENSEMBLE - Prescient Legends #10 (Michael Northam)
-Bernhard GÜNTER - buddha Sun
-SONIC YOUTH – Echo Canyon
 

mercredi 8 mai 2019

The YOUNG GODS "Data Tangram Mirage"


Une empreinte électro-indus initiale qui ne cesse de se délayer au cours d’une carrière aux méandres erratiques, les Young Gods n’auront cessé de cloner leur ADN au gré des rencontres et d’une évolution matricielle. Maitrise forcenée de l’art consommé du sampler (Second Nature), jam électro-acoustique (Knock On Wood…) hommage à Kurt Weil, diverses collaborations dont une se frottant aux nappes massives de Dälek, ambiant à faire pâlir un Brian Eno  en manque d’inspiration (Music for Artificial Clouds)… Leur dernier et déjà daté « Everyone Knows » nous avait laissé, rêveurs ébahis, à contempler le futur d’un monde ouvert aux possibles. On ne les attendait plus vraiment au tournant, adeptes des théories anguleuses.
Avec le retour de Cesare Pizzi, les Young Gods renouent avec leurs origines primitives (ne restait plus que l’indéboulonnable pivot Franz Treichler des débuts…), celui-ci amenant dans ses valises quelques logiciels informatiques bricolés plutôt que la nostalgie attendue…
Tout l’univers du groupe se reconstitue dès les premières mesures. The Young Gods play The Young Gods, marque discrète et enviée des grands.
Manipulations en forme d’anamorphose, la batterie se veut plus organique : on rentre sans faux-fuyants avec l’inaugural Entrée en Matière, on frôle le tube anonyme avec l’hypnotique Figure Sans nom. Expérimenter la dislocation du blues fractal de Moon Above, la post-ballade flippée de All My Skin Standing, quand You Gave Me a Name distille son climax en forme de jeu de miroir.
Data Tangram Mirage, loin de se prétendre concept-album forme plutôt un tout interconnecté mais néanmoins parfaitement divisible à l’instar des Sept Planches de la Ruse du célèbre jeu de tangram chinois… Un tout à la fois tendu et ramassé en soi, en quête d’horizons toujours plus apaisés et lumineux à atteindre qu’illustre un somptueux Everythem aux aguets, invitation à continuer la longue route ensemble, ne serait-ce que pour ce bercer d’illusions addictives.
1985-2019. Trentaine consommée.
Musique pour quinquagénaires donc. 


L'Un.

The Young Gods "Data Tangram Mirage (TwoGentlemen. 2019) 


mardi 16 avril 2019

The Grand Astoria : les dissonances de Black Flag réhabilitées


Dans la catégorie (presque) enviée  « grands petits groupes » qui alimentent la légende,  le Black Flag IIII aura profondément marqué son époque et les légions d’aspirants  hardcoreux des 3 décennies suivantes; de par une certaine forme d’intégrité, l’intensité des prestations chaotiques de ses débuts, mais aussi pour les explorations déroutantes de la suite.
Respect (presque) total (si les reformations et  guerres d‘égo et de succession récentes n’avaient pas tourné au fait divers puéril).
Une énième reprise d’un de leur morceau ne surprendra guère…
S’attaquer à un de leurs albums dans son intégralité un peu plus (!).
Et s’il s’agit de leur EP des plus atypiques (voire controversé) dans leur discographie et interprété qui plus est par un trio de prog-metalheads russes, il faudrait peut-être songer à se pencher dessus.
Les auteurs du forfait  n’auront découvert Black Flag que sur le tard. Peu enclins aux accents punks à

trois accords des débuts mythiques, c’est le tournant dissonant voire instrumental du combo d’Hermosa Beach qui n’aura de cesse de les fasciner. Plus précisément les égarements d’un free-rock psychédélique issus des méandres d’un Greg Ginn alors en pleine mutation mégalomane. Et là se trouve le paradoxe de Black Flag, dont la furie et l’urgence initiales laissent place à des horizons aux structures plus complexes et alambiquées : les fans de la première heure ne s’en sont jamais remis, les historiographes du rock s’en délectant bien au contraire.
Pour the Grand Astoria, pareille influence aura sans doute insufflé beaucoup de liberté et de ce "je ne
sais quoi" (sic) dans leur vision et leur musique ; à accepter l’heureux accident de la fausse note, le tricotage échevelé d’une guitare expiatoire.
La relecture de ces 4 semi-improvisations relève plus d’un hommage sincère enregistré sur le vif que de l’exercice de reprise à proprement parler. L’ensemble reste assez fidèle à l'originel. Peut-être trop pour ce type de morceaux ouverts. C'est très correctement exécuté mais trop appliqué, voire besogneux. Manquent cette spontanéité suspendue, les lourdeurs métronomiques de la frappe de bucheron de Stevenson, et surtout ce grain de guitare inimitable. Difficile aussi d’égaler le morceau éponyme et sa longue introduction erratique d'une guitare hallucinée. Une certaine ironie finale peut poindre avec une mésinterprétation de Southern Rise, le morceau faible de l’avis des russes, qui du coup se l’approprient pour en recracher une version plus aléatoire et jammée sans en perdre l’essence blues…
Anecdotique au final.
Certes.
Et pour ma part une opportunité inespérée de parler d’un groupe qui m’aura accompagné ces 30 dernières années.
.... pour die-hard fans.

L’Un.


The Grand Astoria "the process of weeding out ep" (auto-prod. 2014)