Derrière l'alias
Pinkcourtesyphone se cache Richard Chartier. Et derrière Richard
Chartier c'est tout un monde insignifiant dont les rugosités sonores
et les silences sont discrètement amplifiés. Lowercase :
petite mouvance sonore de
nos sons infra-ordinaires. Steve Roden en est le père, Bernard
Günther le fils (avec « Un peu de neige salie »...),
Chartier l'un des rares esprits sains qui se sont glissés dans
cette brèche ténue (les labels Room40 ou Trente Oiseaux en seraient
ses chapelles...). C'est très arty, souvent relégué à de la
musique pour musées : en gros on est pas loin du sempiternel même mon
fils de trois ans pourrait faire la même chose avec trois bouts de
ficelles et un vieux magnéto . Sauf qu'il ne le fait pas, et ne pourrait probablement pas être foutu de le faire malgré son potentiel HPI frelaté. Lowercase donc. J'avais
souvent grappillé dans la disco pléthorique (et discrète donc) de
Richard Chartier sans jamais avoir eu connaissance de son étrange
avatar aux pochettes d'un rose systématiquement flou. « Shouting
at nuance » s'engouffre dans ces micro-brêches entre pavé et
asphalte de nos rue rues. Rumeurs de l'infime captées dans une mise
en boucle magnifiée. Quatre longues plages aux accents narcotiques
prononcés : on ne cherche pas vraiment à savoir si on s’engouffre dans un tunnel au ralenti ou une locomotive lancée (au
ralenti donc) au cœur d'une brume électromagnétique; sans rails, cela va sans dire. Lointains et vagues échos
organiques, vrombissement feutrés et infrabasses savamment assemblés
dans un continuum corrodé aux filtres passe-bas... Les manipulations
sont à la fois telluriques, crépusculaires et d'une évidence
plombante. On ne ressort pas indemne de ce trip aux faux-airs de
rituel statique pour un futur post-irradié : juste, se
contenter de flotter et d'inspirer un filet d'air pur entre deux
strates grisées. Slowcore jusqu'à l'os.
L'Un.
PINKCOURTESYPHONE : "Shouting at Nuance" (HelenScarsdaleAgency. 2022)

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