mercredi 7 janvier 2026

PINKCOURTESYPHONE "Shouting at Nuance"


Derrière l'alias Pinkcourtesyphone se cache Richard Chartier. Et derrière Richard Chartier c'est tout un monde insignifiant dont les rugosités sonores et les silences sont discrètement amplifiés. Lowercase : petite mouvance sonore de nos sons infra-ordinaires. Steve Roden en est le père, Bernard Günther le fils (avec « Un peu de neige salie »...), Chartier l'un des rares esprits sains qui se sont glissés dans cette brèche ténue (les labels Room40 ou Trente Oiseaux en seraient ses chapelles...). C'est très arty, souvent relégué à de la musique pour musées : en gros on est pas loin du sempiternel même mon fils de trois ans pourrait faire la même chose avec trois bouts de ficelles et un vieux magnéto . Sauf qu'il ne le fait pas, et ne pourrait probablement pas être foutu de le faire malgré son potentiel HPI frelaté. Lowercase donc. J'avais souvent grappillé dans la disco pléthorique (et discrète donc) de Richard Chartier sans jamais avoir eu connaissance de son étrange avatar aux pochettes d'un rose systématiquement flou. « Shouting at nuance » s'engouffre dans ces micro-brêches entre pavé et asphalte de nos rue rues. Rumeurs de l'infime captées dans une mise en boucle magnifiée. Quatre longues plages aux accents narcotiques prononcés : on ne cherche pas vraiment à savoir si on s’engouffre dans un tunnel au ralenti ou une locomotive lancée (au ralenti donc) au cœur d'une brume électromagnétique; sans rails, cela va sans dire. Lointains et vagues échos organiques, vrombissement feutrés et infrabasses savamment assemblés dans un continuum corrodé aux filtres passe-bas... Les manipulations sont à la fois telluriques, crépusculaires et d'une évidence plombante. On ne ressort pas indemne de ce trip aux faux-airs de rituel statique pour un futur post-irradié : juste, se contenter de flotter et d'inspirer un filet d'air pur entre deux strates grisées. Slowcore jusqu'à l'os.


L'Un.

PINKCOURTESYPHONE : "Shouting at Nuance" (HelenScarsdaleAgency. 2022)