dimanche 24 octobre 2021

Mary LATTIMORE "Silver Ladders"


Instrument à la fois subtil et imposant, la harpe est à la rigueur associée à la musique classique, mais très rarement aux musiques modernes, qu’elles soient « actuelles », « populaires » ou « amplifiées ». On peut citer Joanna Newsom et son revival folk, ou le swing inattendu de Dorothy Ashby (aux petits malins qui avanceraient Alan Stivell, on leur rétorquera qu'il s'git là de harpe celtique, ok ?). Loin d’en être à son premier essai, la versatile Mary Lattimore a mis de l’électricité dans le corps de l'imposant instrument et s’est associée au son de guitare fuligineux de Neal « Slowdive » Halstead, qui produit l’album. Rencontre inopinée qui transcende ce que la harpiste avait écrit jusqu’alors. 
Effet fusionnel. 
C’est un jeu de textures épaissies qui noie l’ensemble, tout en donnant une vigueur inattendue à ces délicats tricotages de cordes aux harmoniques enlevées. On est toujours à naviguer dans un entre-deux cotonneux, dans le clair-obscur d’un cabinet de curiosité. Toujours difficile de distinguer la part de mélancolie qui imprègne ces petites histoires contées en filigranes, quand les compositions en dentelle disparaissent sous les échos d’une brume électrique onirique. On pense très fort aux ritournelles des mondes imaginaires de Coleen, qui se retrouvent là nimbées d’un voile de vapeur trouble. Avec ce superbe Silver Ladders, Mary Lattimore se rapproche dangereusement de contrées ambient que peu auront eu le courage d’aborder de la sorte ces temps-ci.


L'Un.



Mary LATTIMORE "Silver Ladders" (Ghostly International. 2020)

 

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