mardi 25 janvier 2011

BRUIT ET MUSIQUE : de Cage à Sound of Noise

Etre ou ne pas être, c’est peut-être la question que John Cage s’est posé à un moment de sa vie…en tout cas c’est la question que je me suis posée en écoutant son travail. Car comment être musicien à un moment où tout est sensé être dit, avoir été écrit. Il était enseignant et a réfléchit en son temps à son environnement. Et en est arrivé à la conclusion que ce qui l’entourait pouvait constituer les éléments d’une partition musicale. En est arrivé à ce qui pour nous signifie seulement que ce fut le point de départ. Je n’imagine pas qu’il put avoir plus de déboire que cela à conceptualiser ses sensations face à son environnement. On ne peut occulter son apparition dans cette émission de télé réalité étatsunienne animée par Gil Gates (pas bill gates non-non) en1960. Lorsqu’il fut gauche, engoncé dans sa veste de costume obligé de répondre avec un sourire au présentateur qui le questionnait en riant, « non vraiment, vous allez nous jouer un morceau de musique avec une baignoire, un poste de radio et une cocotte minute ? hahaha ;.. » et là rires du public qui s’était entassé dans les gradins du plateau télé…non vraiment c’est impossible…le titre de l’émission : « i got a secret », non vraiment c’est pas sérieux… ?
Et se pliant à la mise en scène orchestrée par le présentateur, obligeant le compositeur à lui susurrer à l’oreille ce qui apparaît à l’écran, comme les ingrédients de son inavouable alchimie, qui en fait, défile devant nos yeux comme un secret entre gosses qui ne sont là que pour se moquer…
Et on écoute et regarde cet homme, longiligne, un peu chétif, se déplaçant au milieu de divers objets avec un sourire emprunté, parce que ce n’est vraiment pas son monde, en synchronisant les éructations d’un objet, les gargouillis d’un autre, et les crachotis d’un troisième. Et notre homme, peu à l’aise, sort ensuite de la concentration qu’imposait sa performance, avec un sourire pincé, mais en se disant que ce qu’il a joué « sonnait ».
Et oui monsieur le présentateur qui avez montré un article de journal avec la photo de mr Cage, en disant que vous apparaissiez quand même dans les journaux-haha-, vous étiez à cent lieux (et encore je ne compte pas en euros) de penser que l’escrogriffe, objet de vos moqueries allait par son travail révolutionner la conception même de la musique.
Car oui, c’est de cette désacralisation que John Cage fit de la musique avec un grand M, que des non instrumentistes avec des idées, ont, de manière enfin décomplexée, pu créer leur propre musique.
Oui c’est à la suite de ce naufrage médiatique, souvent répété depuis, et couramment formalisé de nos jours, qu’ont émergés des courants tels que le punk, puis la no wave, voix sacrilèges pour les virtuoses instrumentistes en vogues dans les années 70, en perte de message, en quête de source, en dérive digressive.
L’histoire ne s’arrête pas là, au contraire elle commence : jusqu’à nos jours de nombreux individus ont laissé leur raison au placard pour désenclaver la musique, faire de la réalité une nouvelle source d’inspiration, notamment en créant de nouveaux instruments. En donnant à des objets une vie, une dignité, une reconnaissance en tant qu’instrument.
Une noblesse. Une résonance.
Qui désormais n’est pas à même de moduler son robinet pour en tirer plusieurs tonalités ? Qui ne peut alterner une fermeture de porte de frigo avec un couvercle de poêle pour en tirer une rythmique ?
Merci monsieur Cage d’être monté au front ce soir là, à la télévision étatsunienne pour malgré les rires présenter au monde les bases d’une nouvelle forme de musique qui continue  de lutter pour se faire entendre, pour exister. Car le film suédois Sound of Noise de Nilsson et Simonsson nous montre qu’en 2010 c’est encore une adversité que de faire de la musique avec autre chose que des instruments reconnus comme tels. Sur un scénario qui tient la route, six énergumènes (oui-oui) réfléchissent à mettre leur ville en résonance pour tirer les habitants de leur torpeur. Et la force de ce film est de mettre en avant la poétique du geste, notamment dans cet extrait où, suspendus à des câbles haute tension comme des hirondelles, ils déroulent une mélodie simple (et on les imagine fors champ en notes posées sur une partition figurée par les câbles) ; elle prend de l’ampleur dans les brèves coupures de courant dans la ville qui s’allume par intermittence, et fait surgir des sons abruptes qui se répondent. Que de chemin à parcourir encore dans le brouhaha de la cité.
Nous sommes encore des cro-magnons de l’écriture sonore, parce que nous sommes encore des cro-magnons de l’écoute.
Nous ne réfléchissons que trop peu à la nature de ce qui nous passe par les oreilles. Autant la musique que le reste…parce que notre éducation en ce domaine est encore réduite…
La musique comme objet de consommation, développée de plus belle comme tel dans les années 80 avec le cd ( à 20€ mini, merci) n’est qu’un commerce pour la majeure partie des gens qui l’écoutent, et parce que ce n’est que ça pour les gens qui l’exploitent, ainsi que pour une petite partie des musiciens qui se veulent représentatifs de l’ensemble. Et qui ne font que recopier des formats déjà écrits. Comme dans le film de 2010…
Je reparlerai bientôt du commerce de la musique. Et des lois qui protègent ce commerce.
Auditeurs-trices réveillez-vous ! John Cage a mouillé sa chemise il y a déjà 60 ans pour vous !

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