mercredi 12 février 2014

CHARLEMAGNE PALESTINE + Z'EV : « Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear »,


Deux figures historiques de la musique minimaliste et percussive se retrouvent autour d’un rack de carillons de messe (des cloches quoi…), d’énormes tambours taillés dans la peau de la Bête, quelques percussions additionnelles et deux verres de cognac (pour le tintement), dans un potlatch appliqué qui tient autant du gamelan moyenâgeux que d’un rituel sombre et rigolard. Pour rappel, Stefan Joel Weisser, clope au bec, s’amuse à taper sur ses bambous métalliques sous le pseudo de Z’EV. Il a trop souvent été classé dans les pionniers de la musique industrielle alors que son art relève plus de la transcendance et du mysticisme. CHARLEMAGNE PALESTINE (aka Charles Martin), lui, fait tinter, vibrer et entrer en résonances cloches, orgues ou pianos jusqu’à une hypnose extatique ou régressive qui ravira les fans de Terry Riley ou La Monte Young. Sur scène, l’animal accumule les ours en peluche totémiques (et franchement régressifs…). Toujours en quête de collaborations fructueuses,  ces deux-là se connaissent depuis une bonne vingtaine d’années, auront même croisé les fers sans pour autant avoir laissé traces de leurs ébats dans leurs discographies. SubRosa, label inspiré à la ligne éditoriale impeccable et fortiche, comble cette lacune et nos attentes avec ce superbe « Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear », album de duos qui prend le temps et l’aisance de se prolonger en solos sur le deuxième cd. 
Hypnose schizophrène comme postulat de base : chaque note ou percussion respective se répond à elle-même avant de répondre à l’autre. Faux dialogue de sourd qui fusionne en un agrégat de flux harmoniques obstinés et contrastés. Au carillon éthéré à la régularité faussement binaire correspond en négatif un sourd grondement erratique et tribal. Fusion du cristal de forge et des entrailles animales du sorcier, quand profane et sacré font corps. Si les cloches de CHARLEMAGNE PALESTINE varient dans l’attaque, la rythmique et la tonalité au fil des 3 duos du premier cd, Z’EV fait successivement résonner, frotter ou vibrer ses peaux enveloppant le métal frappé d’une nappe poisseuse et tourbillonnante. Musique de bourdonnements, là où certains s’escriment (encore) à titiller un drone faiblard. Musique de transe, là où d’autres se heurtent à un état de stase stérile. Musique puissamment physique, et organique, là où la plupart se cantonnent à contenir la leur dans un disque dur aseptisé.
Monumental.


L'Un

Charlemagne Palestine + Z'ev : « Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear » (SubRosa. 2013)





mardi 4 février 2014

Mixtape 1, Janvier 2014

Et oui, la surprise dont nous parlions en fin d'année, c'est une heure et sept minutes de sons que nous aimons, que nous avons dans nos tiroirs et que nous souhaitions non seulement vous faire partager, mais aussi à cette occasion, les confronter les uns aux autres, les assembler, les triturer, les superposer.
Alors dans une perspective ludique, nous allons dans un premier temps vous laisser écouter et puis vous soumettrons quelques noms, pour un premier pas dans les nébuleuses noise, indus, hip hop, prog rock, electronique, concrets, fieldrecording, b.o., et j'en passe, vous n'imaginez pas.
On l'a, à juste titre et sans recherche particulière, baptisée "1", cette mixtape, terme éphémère pour parler d'un mixage ludique et curieux qui on l'espère vous ravira, les enceintes bien poussées, un verre de vin (ou autre) dans la main, et le sourire en coin.
Ecrivez nous, envoyez nous vos suggestions et vos réponses quant à l'origine de tous ces sons, si l'estomac vous en dit!
lesenergumenes@gmail.com
et likez la page FB: on poste regulierement (ou non) des choses dessus!




mercredi 22 janvier 2014

SIMM : "Visitor"


On va saluer cette nouvelle parution du label Ohm/Resistance, que les Energumènes soutiennent depuis leur débuts.  Prometteur dans le genre confiné des musiques électronique, tendance dure et comateuse, son activité a connu un net ralentissement entre autre à cause des récents déboires de son boss Kurt « Submerged » GLUCK. Depuis quelques temps, l’hydre infatigable renait de ces cendres de phénix et nous propose entre autre ce petit dernier et inespéré avatar d’Eraldo BERNOCCHI.
Membre du légendaire mais inconnu collectif Sigillum-S qui éructait ses litanies industrielles et climatiques dans les années 80’s  pionnières propices à ce genre,  c’est avec ses collaborations récentes avec Harold BUDD (« Music for fragments from the inside », chroniqué par l’Autre) et Mick «Scorn» HARRIS sur "Total Station" que j’aurais rencontré le bonhomme. Ignorant son passé des années ténébreuses, celui-ci me paraissait être le parfait collaborateur ou sparing partner, épousant la quête de sérénité d’un BUDD, mais  adoucissant les tendances les plus sombres du sieur HARRIS, révélant même un aspect presque guilleret (tout est relatif) dans sa musique. Avec « Visitor », nul doute que l’ombre de ce dernier aura déteint sur BERNOCCHI : on nage là dans les chasses gardées d'un songe marécageux.  Plongée post-indus monstrueusement dubbée, comme une impasse en boucle. On surnage avec cette originelle délectation dans cette gangue  de laquelle il est difficile de s’extirper. Sub-basses amples, rythmes claquant en boucles appesanties,  quelques notes d’un piano aérien s’opposant aux échos crépusculaires. Et ainsi s’écoule une fangeuse journée d’hiver nimbée d’une horreur somme toute domestiquée, le nez dans la ligne de flottaison des nuages.
Sans pour autant prétendre à lui gauler la flamme, Bernocchi nous livre là ce genre d’album que tout fan endeuillé de Scorn n’aurait osé espérer (et que tout honnête supporter du label Ohm/resistance est en droit d'exiger)

Slight return…

l'Un

SIMM : "Visitor" (Ohm/Resistance. 2013)
tout est LA ! (ou là >>)


lundi 6 janvier 2014

GENTLEMAN LOSERS : "Dustland"

Disque de chevets multiples, jamais vraiment redescendu d'ailleurs, d'ici ou d'un ailleurs rêvé. Aucune date de péremption pour rappeler à son bon souvenir un disque intemporel sorti dans l'anonymat confidentiel d'un micro-label, même si la presse d'alors avait repéré l'ovni.
Le duo finlandais de frangins récidivistes (un premier album éponyme difficilement trouvable pendant un temps ) déballe sur le moelleux de son lit d'enfance toute une artillerie d'instruments datés, à la manière de tueurs en série en costume de doux rêveurs : du Fender Rhodes, des Tele/Stratocaster, une basse ou une lap steel, des vieux synthés-boites à rythmes, guitares classiques, un vibraphone, un Mellotron, le Glockenspiel, ou ce vieux kit batterie Slingerland. Douce torture.
Les joutes à 4 mains avec pareil attirail résolument vintage laissent présager en filigranes des sonorités chaudes et granuleuses, qu'un bon vieux 4-pistes analogique en home-recording saura magnifier. Avec un flouté de guingois qui rappelle les Montres Molles de Dali, c'est un tricotage d'arpèges climatiques mêlé à des boucles de ritournelles sabordées qui se développe dans un ralenti comateux. Les éléments rythmiques restent épars et discrets, ne venant en rien casser la douce narcose qui prend place. Tituber, enveloppé dans la luminosité boréale d'une journée qui s'étire et se confond, à contempler de rares percées lumineuses d'un paysage de grands espaces (grisâtres) derrière la fenêtre (poussiéreuse) de son salon (vieillot) dans un vieux fauteuil en cuir (déglingué), un verre (paresseux) dans chaque main. Ce début de 21° siècle est ainsi fait, morose et indécis, certains s'en nourrissant dans leurs intimes retranchements, capables de nous pondre « ça » - de la belle ouvrage.

L'Un


GENTLEMAN LOSERS : "Dustland" (CityCenterOffices. 2009)
site du groupe et un leur page Soundcloud