dimanche 11 avril 2021

David FENECH & KLIMPEREI : "Rainbow de nuit"


Ce disque est le fruit de la rencontre de deux malicieux poètes instrumentistes. Dotés d'oreilles sensibles, ils proposent de petites ritournelles qui nous entraînent le sourire aux lèvres au milieu de chants simples ou d'ambiances diffusés en arrière plan. Les titres clin-d'oeil parsèment la playlist de jeux de mots. Des mélopées enfantines succèdent à de joyeux rires, des borborygmes à du pipeau. Cette musique de bricolage convoque un instrumentarium varié, enregistré par proximité, on sent l’acoustique des lieux. L'humanité s'en dégage aisément, vivement présente par les enchaînements de notes aux extrémités de l'harmonie, créant une sensation de fragilité très réussie. Je me suis particulièrement arrêté sur le « Ennio Eno » qui est un néo blues déviant mêlant nombre de sonorités en dialogue d'une digne ébriété. Musique intime, variations de temps de rêveries, virtuosité masquée, humble. Le duo prend l'auditeur pour ce qu'il est, titillant la sensibilité de l'enfance que tous vécurent pour lui dire au creux de l'oreille « souviens-toi ». Dix titres virevoltent pour constituer presque un disque de chevet, atemporel, un disque à garder dans un coin précieux, un petit espace que tout le monde a dans son intime besoin de rêver.

 

L'Autre

David FENECH & KLIMPEREI : "Rainbow de nuit" (Autoprod. 2021)

lundi 29 mars 2021

BRÂME "ce qui rôde"

 

Ça commence dans la brume plutôt que Brâme. Un vol bas et décharné d’oiseaux fuyant la peste. Terrible mugissement sans fond ; de celui qui pousse les gueux à tendre l’embuscade à l’orée des forêts. Oyé oyé bonne gens : la chasse est ouverte. Parce qu’on n’en reviendra pas indemne, de cette incursion au pays d’un blues rural, casse-gueule et âpre comme de l’alcool de mauvais grain. Le duo manipule ses six-cordes avec l’opiniâtreté résignée de ces forçats qui retournent la terre, cassent les cailloux sur le bord des routes. Une pulsation primale sur 2 accords et ces bruissements parasites qui mènent tout droit à une transe païenne. Ruminer le noir. Expiatoire. Blues primitif à peine électrifié et simplement braillé. Quelques relents vaguement industriels corrodent les sillons tracés avec peine. Cru, poignant et viscéral. Habité plutôt qu’hanté. La bande-son idéale d’un Aux Animaux la Guerre… si seulement le livre avait été à la hauteur du Brâme.

 

L’Un.

BRÂME "ce qui rôde" (autoproduit. 2020)

mardi 23 mars 2021

INSTITUTRICE : "Cohortes"


Association d'Erik Benz (Electric Electric) et JB Geoffroy (Pneu, Tachycardie), Institutrice surprend par sa richesse dans le minimalisme : percussif en essence, elle aligne des supports métal, bois et peaux tendues. Deux personnes pour une quantité non dénombrée de percussions ; supports de tous genres, dont les origines variées sont les fruits d'une curieuse quête régulière. A la fois gameland et bronx, l'auditeur est décontextualisé, sortant de la musique occidentale sans atteindre le folklore mondial. C'est un ready-made autant qu'une installation que les deux font résonner fébrilement dans des cycles qui annoncent des transes. Si celles-ci n'ont pas lieu, c'est par des changements réguliers de rythmes, des basculements de sonorités dans lesquels on se laisse embarquer vers autre chose. Quelques interludes entrecoupent sous formes de nappes d'apparence synthétiques, parfois aériennes, parfois dans l'étrangeté comme Dianthus. Une sorte de Colonie de Vacances à deux.

Cette galette me permet de remercier le label Unjenesaisquoi dont les choix éditoriaux sont exceptionnels : dégotant des réalisations étonnantes (Pierre Bastien et Eddie Ladoire), favorisant d'autres (Valentina Ma et la batterie fragile-en céraminque- d'Yves Chaudoet ), il trace son chemin dans la création sonore aventureuse.

 

L'Autre

INSTITUTRICE : "Cohortes" (Unjenesaisquoi. 2021)