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mardi 8 novembre 2016

NO MEANS NO

Il est de belles rencontres qui vous réveillent, vous chamboulent au point de ne plus être le même après l’instant fatidique où le sonore et visuel percutent les sens. No Means No a été capable de cela pour de nombreuses personnes et pour une simple raison, c’est que leur musique fut ou a été corporelle, physique, charnelle, en un mot elle irradiait le corps et l’esprit par les deux sens la vue et l’ouie.
ici vidéo des années 80, dans la mouvance de sonorité sombres à la Joy Division
Débutée à l’âge de 5 ans, la collaboration entre les deux frères employant basse et batterie, à savoir la rythmique dans sa quintessence, a construit une base tout d’abord punk, puis développé une complexité frénétique qui a permis au fil des ans d’irradier l’auditoire par le développement d’un groove formalisé dans ce que l’on a appelé « jazz punk ». Bien réducteur tant la fratrie s’affranchissait des carcans au fil des ans.


Usant de compositions progressives qui leur permettaient de s’envoler en mettant en avant une technique incroyable mais évidente à écouter car maîtrisée du bout des doigts, enflammer l’auditoire fut chose facile rapidement. Après 2000 concerts, on assistait à l’âge de 60 balais à un jeu entre une section basse riante-batterie déjantée, soutenue par une guitare stridente et sautillante, au jeu simple et millimétré, à une envolée fantastique, trio improbable et survolté, sourires immuables campé aux lèvres, à un déferlement de morceaux, tous des hits punks-discos-jazzys-hardcores-voire pop, sans aucun scrupule, juste avec le sentiment que l’on ne pouvait que partager leur plaisir d’être sur scène ; ceci étant l’essentiel.
1h voire 1h30 de concert était leur partage quotidien, parler, jouer toujours mieux, vite, fort et le plus précis possible leur crédo. Mais c’est fini. Faire autant et aussi bien n’est peut-être pas possible. Ceux qui se sont nommés les frères Right et Wrong ne sont plus, il reste les Hanson Brothers, et les compositions sur albums. On va les regretter pour ceux qui les ont vu. Ils manqueront à ceux qui les découvriront à titre posthume, mais sachez en tous les cas qu’un jour, deux frères se sont mis à jouer, et qu’ils continuent (le batteur collabore notamment avec des japonais qui créent des robots musiciens, facilement trouvables sur internet avec des reprises de Motorhead entre autres), et que leur mode de fonctionnement, sourire aux lèvres malgré la dureté de ce qu’ils jouaient ne les a pas empêché d’envisager de manière déviante, à savoir autodidacte l’évolution de la musique dans une perspective fun rarement égalée. Merci messieurs.
 
Oui ils ont apporté une sacré pierre à l’édifice, et l’on peut en voir un pan dans 0+2=1 et Wrong mes deux albums préférés sur pléthore…

site de fans en anglais vraiment très fourni: http://www.no-means-no.de/ 



l'Autre Energumene

mercredi 2 novembre 2016

NEUROSIS "Fires within fires"

« Nous apprenons que l’ennemi fondamental n’est pas le chaos, mais l’organisation ; pas la divergence, mais la similitude ; pas le primitivisme, mais le progrès. Et le nouveau héros – l’antihéros –  est celui qui s’est donné pour but de s’attaquer à l’organisation, de détruire le système. Nous savons aujourd’hui que le salut de la race est lié à une tendance nihiliste, mais nous ignorons jusqu’où il faut aller »    - (Trevanian)


« I slept into an avalanche, it covered up my soul » - (L. Cohen)

Il aura fallu pas loin d’une trentaine d’années pour à peine sentir poindre l’espérance d’un rai de lumière. Loin de « Sun that never sets » ; pas si loin de ce "moment de grâce" à mettre en parallèle.
Entre, des déflagrations s’approchant souvent de secousses telluriques, l’expression d’une colère monstrueuse, l’horizon claustrophobe d’un inouï reculant sans cesse au fil des approches.
Monolithe.
Manque étouffant sous une lumière opaque.
Et une longue histoire d’amitié.
Tribu.

Déjà atypiques dans leurs débuts hardcore avec « Pain of Mind », ce virage à 180° (celsius ?) comme peu de musiciens en sont capables dans un contexte alors peu enclin à ce genre de lourde déviance, magma sonore nauséeux et cathartique : les Swans étaient déjà passé par là (en force) certes, mais ces derniers n’ont jamais prétendu faire partie du mouvement hardcore métal…
 Personnellement, c’est l’écoute des efforts solo des deux guitaristes qui m’ont raccroché au groupe dans la décennie passée, versant folk/americana à la fois sombre et serein donnant de la sorte plus de relief à cette quête désespérée de lumière, white heat, white heat

Avec l’entrée en matière de « Bending Light », le passage de témoin s’effectue dans une douceur suspecte, par la porte dérobée : il faut plus de 3mn de sinuosités à la fois martiales et aériennes  finissant par se noyer dans un presque trop confortable flot cotonneux, pour enfin atteindre le climax attendu : rage qui n’a que plus de portée lorsqu’elle est contenue, distillée et pleinement maitrisée. Neurosis nous délivre instinctivement ses compositions méandreuses en clair-obscur, où l’inné s’appuie sur un acquis colossal, le déroutant « Reach » nous amenant, exsangues et rampants, au sud de nulle part. Proximité incantatoire d’un son sec et mat, débarrassé de ses anciennes scories (oui oui, #atouchofalbini…) ; renouer avec la ligne claire.
Au final de posséder là plus le résultat d’un work in progress cathartique et sans horizon fixé qu’un de ces sempiternels et ressassés disques de la maturité, même si la nuance se veut parfois fine et subtile.
C’est con, mais au fil des écoutes successives, le qualificatif « liquide » s’est imposé;  comme une évidence apaisée.  Au cœur du brasier pour tout refuge.

L'Un.


Neurosis "Fires within fires" (Neurot. 2016) 

dimanche 17 avril 2016

ALUK TODOLO : "Voix"


Au premier accord comme lâché en pâture, de pressentir à fleur de peau qu’on s'embarque dans ce genre de truc épique sans vraiment savoir si on parviendra à s’en sortir indemne. Aluk Todolo est un de ces groupes pour qui l’acte musical se fond avec une spiritualité rituelle et incantatoire. Cercles de feu. Part d’ombre d’une communion grésillant avec les masses vibratoires en action. Issu de la scène nébuleuse du black-métal (mes oreilles sont profanes en la matière, mais certaines des excroissances de ce sous-genre s'avèrent pour le moins habitées et passionantes), le trio se réinvente perpétuellement et s’extirpe du carcan originel, échappant à toute tentative de définition réductrice. Post-rock,  en ce qu’on est bien au-delà de l’idiome, à flirter avec l’extase électrique. Free-rock (surtout), pour qui connaitrait un peu leurs filiations secrètes (oui oui, j’ai lu qu’ils connaissaient un gars de Psychic Paramount – donc Laddio Bolocko : la boucle est bouclée en ce qui me concerne, même si je les soupçonne de s’abreuver goulument à la mamelle teutonne du kraut-rock). Aluk Todolo ne fait en fin de compte que perpétuer cette idée hallucinée, née avec Hendrix, que l’essence même du rock réside dans cette énergie brute aux contours indomptables, jamais loin de de la combustion. On se brule les doigts sur les peaux et les cordes, empruntant les mêmes canaux incandescents que les pairs, inspirateurs et prédécesseurs (ooooh, de penser tout fort Caspar Brötzmann Massaker........).
Probablement pas le disque qui va vous faire vaciller le temps d’un instant (« mais comment ai-je pu vivre jusque-là sans truc essentiel ? »). Non. "Voix", loin d’être une évidence qui finira vite classée dans une discothèque d’érudit (de plus en plus souvent réduite un disque dur externe 2,5’’), après quelques écoutes insistantes, s'immisce en reptations dans les sinuosités de votre âme et conscience, non sans avoir au préalable fait vibrer et entrer en résonance vos muscles profonds, un peu comme une première séance de yoga à laquelle on ne croit guère au début. Un disque fermé au fast-flow d'un iPod/Phone/Shit et de l’écoute nomade lo-fi associée,  convoquant plutôt vos vieux systèmes stéréo à transistors, histoire de bien se la coller, là, au point médian entre le plexus et le marteau des tympans saturés… à défaut de les voir en live, affranchis alors de toute limitation sonore. 
Chacun cherche son chien ; d'autres la Voix de leur maître… 


L'Un.

ALUK TODOLO : "Voix" (AjnaOffensive. 2016)

lundi 15 juin 2015

OISEAUX TEMPETE : "Ütopiya"



Toujours plus prêt de l’œil du cyclone pour (laisser) filer la métaphore de la chronique précédente. Un retour charrié par le vent des choses... Un peu plus à l’est d’un épicentre imaginaire, on s’éloigne de la Grèce, territoire en déshérence de leur somptueux premier album,  pour mieux embrasser le bassin méditerranéen dans son ensemble, à s’échouer sur  les rivages de la côté turque. Comme pour se rapprocher des sillons laissés dans les vagues de ces flux migrants dont l’actualité récente n’est guère avare. Les Oiseaux Tempête se posent là, en entamant ce vaste voyage circulaire, emportés par de sombres courants sous-marins. Ils se sont flanqués d’un 4° musicien au long cours, prêt comme eux à s’embarquer dans un voyage sans fin aux contours vagues et abrasifs : volutes aériennes d’un clarinettiste qui explose définitivement  la cage étriquée d’un post-rock dans lequel on voudrait encore et à tort enfermer le trio initial. Ils accrochent dans leur vol et le temps d’un morceau, la poésie scandée et désabusée d’un GW Sok (ex The Ex) que l’on croyait sorti des circuits. Toujours plus de bruits, d’éclats, de déchirures, et de textures amples et granuleuses. Du silence, entre deux échos virevoltants. Toujours plus de cette mélancolie aussi épique qu'incurable ; mêmes attentes passionnées  et hurlements arrachés. Les temps sont toujours durs, mornes et cyniques, le constat poignant. Pas vraiment envie d’en dire plus en fait : juste écouter (bis repetita) le vent des oiseaux qui frappent à ma porte, la chute. Vol libre.         
                                                
                                                                                               (Aslan Sütü !)


L'Un.

Oiseaux Tempete : "Ütopiya" (SubRosa. 2015)



mercredi 24 septembre 2014

OOIOO : "Gamel"


Bon : au début du siècle déjà, Claude DEBUSSY kiffait (grave) sa race sur le gamelan, découvert pendant l’expo universelle de 1889, ce qui devait par la suite révolutionner pas mal d'idées reçues sur les conceptions musicales occidentales alors centrées sur l'harmonie et la tonalité. Depuis, nul doute que cette forme musicale rituelle et entêtante venue d’une Indonésie encore mystérieuse aura influencé nombre de musiciens occidentaux, du minimaliste Charlemagne Palestine et son strumming acharné, au technoïde Pantha du Prince qui ne cache pas son obsession pour le timbre des gongs et cloches en tout genre.
Le genre musical en question n’a pas non plus échappé à la frange la plus extrême d’une bande d’électro-freaks de l'archipel japonais, dont la propension à assimiler pour mieux régurgiter les influences les plus diverses sans pour autant perdre sa nipponité est proverbiale. Je veux dire par là que l’underground « ultra » japonais règne sans partage lorsqu’il s’agit de se réapproprier les codes et les genres, nous délivrant de la sorte une vision pour le moins idiosyncrasique empreinte d’une fraîcheur et d’une naïveté désarmantes. Et la percussionniste Yoshimi P-WE, transfuge des mythiques (devenus mystiques) frapadingues BOREDOMS ne dérogera en rien à la tradition en faisant du gamelan le fil conducteur souvent ténu et retranché dans ses extrêmes) des élucubrations tordues ce nouvel opus de OOIOO (on prononce avec plus ou moins de bonheur « ooh ooh eye oh oh », tout comme Sunn O))) se dit « sun », et !!! se prononce tchiktchiktchik, ça va sans dire). Sans connaître entièrement leur discographie (déjà 6 ou 7 albums à leur actif), il semble que la mise en avant (ou au centre) des métallophones aux rythmiques et harmoniques à la fois complexes et linéaires ait considérablement arrondit les angles (extasiés) de leur musique, offrant de la sorte l'homogénéité salvatrice. Bon : on ne verse pas pour autant dans la facilité, les compositions sinueuses du groupe continuant de se télescoper à une vitesse ahurissante, que seuls les carillonnements métalliques parviennent encore à relier. Les références sont obsessionnelles, d'un space-rock-prog no wave perché aux japonoiseries azimutées se projetant dans une africanité fantasmée : beau travelling horizontal tout en syncope au cœur des musiques rituelles d'un monde imaginaire, appuyé par un remarquable travail vocal incantatoire, écho appuyé aux lointains MAGMA. Au bout du compte, du gamelan on n'en retiendra que sa colonne vertébrale. Là où on pense micro-tonalité et transe hypnotique appliquée, OOIOO nous convient avec ce grand sourire désarmant pour une grand' messe psycho-progressive dézinguée et faussement naïve.
La fin d'année commence pas si mal...

l'Un

OOIOO "Gamel" (ThrillJockey. 2014)



lundi 27 mai 2013

ENDLESS BOOGIE : "Long Island"

Bon, les éloges à leur sujet sur la toile et dans la presse pullulent comme la gale sur le dos d'un chien, et avec l'éloge de la vitesse qui prévaut avec ce putain de net en veille permanente, l'impression d'être déjà un foutu has-been 2.0. Il est grand temps à mon tour de m'ébrouer un peu dans la fosse à purin et de glavioter en chœur avec mes plumitifs congénères, histoire de filer du grain à moudre. Une riposte graduée bien sentie, du fait qu'on a toujours du temps pour parler d'un truc aussi anachronique que ce groupe dont les compositions et toutes références musicales semblent obstinément se bloquer sur le mitan des 70's. Adepte laborieux et militant d'un « journalisme » total, il aura fallu plus de cinq heures non stop en mode replay, abruti dans l'habitacle d'une robuste allemande, noyé par la suite de quelques verres d'un bordeaux désespérément tannique, pour que le rai de lumière saturée pointe enfin le bout de son museau, et de s'y coller, enfin, bite sous le bras, le clavier sous des doigts calleux, à 23h07 exactement. Privilège d'un recul éditorial mérité, donc, la première, seule et affligeante question restera de savoir pourquoi un objet obstinément ancré dans un passé il y a pas si longtemps ringardisé secoue à ce point les phéromones de TOUT le monde (même les Inrocks ont flairé le bon coup putassier, c'est dire...) ? Il y a encore pas si longtemps, afficher une passion coupable pour Canned Heat, AC/DC et autres Status Quo vous excluait d'emblée du poste envié de passe-disque dans les soirées anniversaire, réduisant à une peau de chagrin tout espoir rationnel d'une vie sociale épanouie. Les esprits chagrins pourront arguer que dans une époque où tout est en panne, à commencer les escalators des grandes surfaces et la créativité musicale qui tourne en rond, il n'y aura guère qu'une bonne vieille resucée revivaliste pour vous resserrer les boulons, tandis que d'autres, tout aussi puristes (véridique : les doigts ont fourché et j'ai tapé « prurit »), affirmeront d'un plein sourire béat qu'en fin de compte ce genre de musique n'est jamais réellement mort et passe les époques en se souciant comme d'une guigne du vent des modes, fort du statut inamovible que son autorité originelle lui confère. Mouais : quelque chose comme « toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient du blues », pour paraphraser un de nos derniers grands penseurs français encore en vie... Pensez bien qu'entre ces deux cruciales opinions mon cœur balance... le boogie, donc. Avec un nom qui ne trahit pas ses intentions crasseuses, on sait à peu près ce qu'on va se caler dans les esgourdes, en déchirant fébrilement le blister : de la musique d'un genre velu, sans retenue certes, mais avec une certaine mesure à deux ou trois temps, le pied gauche qui bat la mesure avec la tête, les cheveux gras collés au blouson. Ça fait une bonne trentaine d'années que ce groupe de vieux briscards officie dans les rades les plus éculés de Brooklyn, n'ayant pas attendu le succès tardif et inopiné pour prêcher la bonne parole à qui peut encore l'entendre, entre deux bières molles. La recette de leur musique est aussi simple et digeste qu'un porridge scandinave arrosé d'aquavit : une rythmique au minimalisme métronomique, maîtrisant la petite montée en puissance quand il le faut, un mur d'amplis qui régurgite par flots grumeleux toute la science saccadée du riff gras, et cette impayable beuglante râpeuse qu'un Tom Waits n'aurait pas nécessairement renié. A chaque début de morceau donc, trituré en une tournante infinie, passé à la moulinette wah wah, un seul et unique riff donne le ton pour des jams endiablés d'une bonne dizaine de minutes. Et le ton en question se teinte d'un AC/DC évident avec Occult Banker, d'early Motorhead (General Admission), les Stones se voient radicalement prolétarisés avec Taking out the trash, alors que la longue accalmie d'On Cryology (euh...à moins que ce ne soit sur The Artimus Ward) invoquer le Move Right in d'un Velvet fortement couillu pour l'occasion (j'ai bien cherché quelque part à voir planer l'esprit de l'Iguane stoogienne en vain, mais gageons qu'il doit bien quelque part faire partie de ce panier garni)... Pas vraiment pour dénoncer quelconque plagiat, à sortir des références paresseuses (soyez encore heureux ce vieux facho de Ted Nugent n'ai pas eu droit de citer...), mais plus pour souligner l'œcuménisme sans faille de cette bruyante beuverie ou tout le monde est le bienvenu. Disque de missionnaires à la veste en jean cousue de patches, persuadés d'entretenir la flamme plutôt que de se prendre pour les gardiens du temple ; let there be rock... Pour finir de répondre à la question qui nous taraude, et tâcher de comprendre pourquoi même ces putains d'Inrocks se sont emparés du truc qui en fin de compte dépasse de loin la cible initiale des rockers nostalgiques, il faut chercher non dans le grain rugueux des guitares ou dans ces filiations historiques qu'une bonne partie de l'auditoire est en droit d'ignorer, mais plutôt dans la structure même des morceaux et l'énergie dégagée : à faire tournoyer des riffs hypnotiques et les étendre jusqu'à l’écœurement, se tisse lentement un long bourdonnement entêtant, qui s'insinue et s'installe. Jamais loin de la transe en fin de compte, si proche de cette drone music qui met nos avisés contemporains dans tous leurs états (toujours dans le registre des références, on peut penser à Earth tapant le bœuf décomplexé...). Musique rituelle qui n'a jamais cessé d'être et traverse les époques se foutant pas mal des styles dont elle épousera la forme. Et là est peut-être la clé ; même si le rituel d'initiation dans ce cas précis se limite à tituber jusqu'au au comptoir d'un bar. Personnellement je n'avais ressenti ce genre d'excitation depuis le jour où j'avais découvert le Ass Pocket of Whisky du vieux R.L Burnside (flanqué pour l'occasion des Blues Explosion) dans l'échoppe d'un disquaire batave atrabilaire (comme tout bon disquaire).
Un disque qui a du slip, à défaut du maillot et de l'épilation qui va de pair pour débuter l'été qui tarde.

L'Un.

ENDLESS BOOGIE : « Long Island » (NoQuarter. 2013)
un peu de son et ici....



mardi 4 décembre 2012

CAMERA : "Radiate"

Si, entre deux shots fatals de Jaëgermeister dans une taverne de Hamburg à 4h du matin en train de se débattre entre les pattes d'une serveuse géante, on tient vraiment à se payer une bonne tranche de régression revivaliste d'une période que peu d'entre nous auront vraiment connu, et qu'on apprécie le côté peine à jouir du rythme métronomique envappé de nappes de synthés de récup' prêts à lâcher, ce qui peut rassurer par ces temps de grandes incertitudes morales, on a peut-être là le disque qu'il nous faut.
Si vous croyez que c'est facile en terme de crédibilité, de faire semblant de s'enticher d'une énième production qui se borne à surfer sur le cadavre raidi d'un genre appartenant à une histoire et une géographie révolue (ouais : depuis l'Allemagne a été réunifiée, l'Europe est passée par là à grands coups de pompe au cul et le réseau autoroutier allemand hérité des 40's rugissantes est en cours de réfection...). Dans une société de petits hipsters narcissiques pour qui la classe décalée consiste en un recyclage permanent et douteux, faute d'inspiration, des trucs aussi ringards que le krautrock ou la synth-pop (mais je crois qu'ils sont depuis passés au heavy métal...) constituent le nec le plus ultra. Avec une pareille entrée en matière, nos discrets musiciens dont il est question dans ces lignes tordues ne peuvent plus que mettre en avant la légitimité de leur origine teutonne . Ça et le fait que des vétérans de cette scène (certes probablement sujets à de sérieux acouphènes vu leur âge canonique) aient tapé le bœuf avec eux. Imparable.
Pour être très honnête, en fait, on s'en fout complètement ; parce qu'avec son premier album, ce trio au nom impossible à retrouver sur un moteur de recherche, nous pond le plus simplement du monde un bon disque. Un disque de musiciens. Il faut certes faire abstraction de toutes ces vitupérations à la mauvaise-foi évidente sus-citées pour se plonger sans à priori dans cette heureuse surprise pour un automne frais. En formule trio, il est difficile de mentir longtemps, d'autant que les gars ont une solide expérience de terrains divers (toilettes publiques, passage souterrain...) fleurant bon le situationnisme attardé. Avec une guitare, un ou deux claviers et une batterie, on va à l'essentiel, sans digression et sans filet. « Ego », entrée en matière frontale, commence de façon musclée et carrée, rythmique implacable à la NEU! , accords lancinants et synthés lumineux pour un jam in die Scharzwald endiablé. Plus frénétique encore, dans une transe à scotcher les gonades au plancher, « Ausland » nous contraint à taper la mesure du pied, la tête déjà dans les étoiles et un verre de bière dans la main. Des plages plus calmes alternent, trips kosmiques de lendemains qui chanteront, ou pas  (« Morgen », et le carpentérien « Lynch »), avec toujours un son abrasif proche du live qui empêche de basculer dans la mièvrerie casse-gueule de l'option lissée du tout-synthé ; si c'est un truc que les nouvelles générations ont  su assimiler, c'est bien la maitrise fine de cet instrument lourdaud et bâtard.
Plaisir coupable à ne surtout pas partager, disque à passer en boucle dans sa bagnole, qui vous donnera au moins l'impression de ne pas être un pauvre naze, assis derrière le volant de votre bagnole, tout occupé à toucher ces étoiles lointaines au moyen de vos seules oreilles extasiées. La parfaite et sautillante alternative à la bande-son gluante du film de Nicolas Winding Refn.

L'Un

CAMERA : "Radiate" (Bureau-b. 2012)




vendredi 19 octobre 2012

SWANS : The Seer



Réattaquons les chroniques par un morceau de choix…les Swans font partie de l’histoire du Rock, démarrant en 82, dans un post punk chaotique pour aboutir aujourd’hui à ce sommet. The Seer « le voyant » parle autant de leur vision du monde et de la vie, que s'attache à montrer en un épisode leur étonnante production protéiforme. Deux heures d’un panorama riche et subtil ou la puissance vous conquiert et vient incruster rythmes et mélodies dans vos esgourdes. Je citerai les morceaux références de cet album entre guillemets au fil de mes divagations…
Leur parcours se jalonne de rencontres, s’arqueboute au fil du temps, et des questionnements vers d’autres arts, se complexifie dans une intransigeance qui construit leur légende. Impossible de passer à côté des superlatifs avec leur position toujours à la lisière d’un ou plusieurs styles : du coup c’est du Swans, toujours.
Et au passage, ils ont construit les prémices du post rock en défrichant pour Mogwaï, filés sur la No Wave (« mother of the world ») new yorkaise ville dont ils sont issus, s’exilent facilement dans des étendues perdues (« the wolf ») quand l’envie leur prend de rendre acoustique leur son.
Car cela est rare, leur principal domaine étant le travail du son brut pour en tisser un maillage subtil : faire de la noise de précises harmoniques qui vous suggéreront d’insondables mélodies. Ce travail impressionnant trouve son apogée dans les concerts mémorables qu’ils ont pris l’habitude de donner. Un batteur, un percussionniste, un bassiste, trois guitares, et les six membres actuels à jouer des cordes vocales, voilà un solide line-up !
Même si ce travail de brute peut faire peur, laissez vous absorber par le morceau éponyme « the seer » qui s’étire sur 32 minutes sans un instant de trop. Constructions et déconstructions s’enchaînent pour libérer les instruments, les voix, les harmoniques et les mélodies, et prouver leur gestion inspirée de l’énergie. On retrouve dans cette masterpiece (désolé pour l’anglicisme) les fondements progressifs de leurs écoutes d’ados solidement installés, en douceur il faut le préciser, et ne soyons pas étonnés qu’ils puissent aussi inspirer du post hardcore comme Neurosis (dont je reparlerai très bientôt puisqu’ils sortent juste leur nouvel album…), référence à la moitié de cet hymne où tout est en suspension…
Même si quelques morceaux de ce double album sont de véritables transes, d’autres choisissent la concision pour déconstruire l’écoute bien confortable pour l’emballer sporadiquement, ou la tromper comme sur le « seer return » où l’on se persuade que cela va péter au fil de la montée…

Voilà donc un petit tour d’horizon de la première partie de l’album qui se ponctue par d’acoustiques soubresauts des instruments eux-mêmes, soulevés par des vagues invisibles, hoquetant de jaillissements électriques… « 93 av b.blues »…est la charnière.
On sait qu’on est en plein album concept, discours fleuve d’un monstre qui n’en a pas fini avec nous, ainsi qu'avec la musique et l’expression artistique. Je vous laisse avec la découverte de la deuxième partie, en précisant qu’une quinzaine d’invités (venant de Yeah Yeah Yeahs, Mercury Rev, Akron Family, Low...et encore leur égérie de longue date Jarboe) apparaissent sur ce pavé dans la mare rock pour en remonter les meilleurs sédiments.
Ce sont les prédicateurs éclairés d’un avenir encore chaotique pour mieux régénérer les marges tiédies d’un courant à vocation révolutionnaire (« song for a warrior »).
Swans’not dead !

Site des Swans : www.swans.pair.com


Label du chanteur mickael gira: http://younggodrecords.com/artists/10-artists/32-swans
les morceaux sont facilement trouvables sur les sites spécialisés ...
Sortie fin août 2012 extrait vidéo live :