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mercredi 23 décembre 2020

Les disques de L'Un #12/10 - Steve RODEN "The Radio"

 

it’s important to listen to music outside of experimental music or sound art… (Steve Roden)

 

 

Voyage entre deux oscillations et quelques humeurs vagabondes. Mélancolie chevillée au corps…Et une histoire de plusieurs boucles à boucler en ce qui me concerne. C’est la dernière revue des disques piliers de mon petit parcours discographique. Promis après j’arrête de vous saouler avec ces vieilleries (de toute manière QUI lit un blog en 2020 ??). Peut-être un des disques dont la démarche de l’artiste aura eu la plus grande influence. The radio, c’était mon premier Steve Roden donc. Après un long voyage, comme le dirait la légende, je squattais l’atelier d’un ami et passais mes journées près du poêle à gaz et de l’ordinateur. La Toile en 2002, c’était encore une terre vierge remplies de promesses virtuelles ; un espace ouvert adéquat pour prolonger ce long périple. Je ne sais plus trop comment je suis arrivé à découvrir The Radio; probablement via la liste austère d’un bon vieux mail-order... Mais le disque commandé a passé pas mal de temps à faire chauffer la platine cette année-là. L’album s’inscrivait à la fois dans le continuum obsédant des musiques d’ameublement ainsi que dans le sillage plus théorique des œuvres électro-acoustiques « savantes », avec surtout cette approche minimale, discrète et empreinte d’humilité si chère à Roden : le lowercase ou cet art du détail (en boucle…) amplifié qui force à une écoute à la fois attentive et détachée. Avec un label basé dans l’hexagone, je prenais ma candeur à deux mains pour appeler Sonoris., un « Bonjour, j’aime beaucoup ce que vous faites » de rigueur et surtout très naïf. Une quinzaine d’année plus tard et une bonne partie de la discographie diaphane de Roden dans les oreilles, mes valises se posent finalement dans la ville du dit label. Un Sonoris toujours d’attaque dont l’exigence éditoriale ne se dément toujours pas, et qui proposait alors une chouette rétrospective d’inédits & raretés de Steve Roden sous la forme d’un coffret de 6 cd’s (puis un 2° coffret l’année suivante…) : l’aubaine de se le(s) procurer en direct autour d’un verre de pif dans PMU : en ce qui me concerne, boucle bouclée donc, et en parallèle je m’initiais à la musique, là aussi en toute humilité. Je pense très honnêtement que sans ce disque qui ouvrait tant d’horizons à l’époque, je ne me serais jamais lancé dans ces bricolages sonores…. Cette vieille rengaine déclic du « moi aussi je peux le faire », certes rarement vérifiée… Et pour ce qui est de The Radio ? Il suffit simplement de se le repasser à l’envi, les mots creux ne servant pas à grand-chose au final.


L'Un.


Steve RODEN : "The Radio" (Sonoris. 1999)

samedi 24 juin 2017

Steve RODEN "A Thousand Breathing Forms" 2003 - 2008


En moins d’un an, le label bordelais Sonoris remet le couvert après la  parution de « Every Colors Moving » somptueux coffret d’inédits et de raretés couvrant les débuts de Steve Roden. Entre, bah… pourquoi ne pas s’offrir un petit luxe (fou) avec l’édition dans la foulée d’un format similaire pour un hommage appuyé aux drones bricolés du tout aussi discret Kevin Drumm.
Avec « A Thousand Breathing Forms », la boucle sans fin de l’artiste californien se prolonge indéfiniment. La période observée se resserre comme un nœud de cravate : cinq ans seulement, qu’illustrent en parallèle les 6 cd’s (+ 1 le mini cd de la série limitée « Stars of Ice »). Une période prolifique pendant laquelle Roden affirme son style, pointant de possibles directions, se saisissant de n’importe quelle opportunité d’un immédiat environnant à transcender : ici, un banjo trafiqué, là un jouet pour enfant, des voix souvent, sa voix surtout, discrète obsession. Bruits parasites de voiture issus d’un nébuleux périple. Toujours, mise en boucle au déroulé diaphane et déphasé qui s’insert confortablement dans le plus indicible de notre quotidien. Une stratégie ovale faute d’oblique à revendiquer.  Une intimité subtile comme le léger cliquettement  de précieuses horloges suisses qui se désaccorderaient au fil du temps.
Les morceaux collectés constituent une trajectoire parallèle, un carnet de notes et d’anecdotes de la période couverte, lorsque le coffret précédent mettait davantage en résonance les explorations et expérimentations de l’artiste. Avec la discrète intranquillité des choses fugaces et fuyantes.
Déjà, on se surprend à rêver d’une suite presque indigeste. Un autre probable coffret résumant une époque plus récente.
Un pari fou. Un cercle minimal, organique et sans fin.


L'Un.

Steve RODEN : "A Thousand Breathing Forms" (Sonoris. 2017)




samedi 3 septembre 2016

Steve RODEN "every color moving" (1988 - 2003)



Une chronique qui s’annonce mal tant l’exercice de rattrapage après une immersion insuffisante s’annonce pour le moins casse-gueule. Une chronique par trop personnelle qui tient l’auteur à cœur. Une chronique tout en boucles déphasées (qui se rencontrent à la tangente, bien évidemment). Quand évoquer l’œuvre de Steve Roden revient à payer de sa personne, le plus discrètement possible. Un de ces musiciens-passeurs par le biais de qui tout commença un jour, dans la réclusion volontaire d’une chambre exigüe. Poser des mots sur une musique d’effacement. Steve Roden définit son approche par l’expression « lowercase », comme l’art furtif d’une ambiance de l’instant captée et livrée dans son état le plus brut et des plus désarmants. Collecte de sonorités discrètes recyclées, beauté fragile du détail isolé, large aplats de masses en mouvement. Fréquences parasites de l’infra-ordinaire cher à Pérec. Vibrations d’un sound-art en pointillés, pendant sonique et territoire connexe d’un land-art à la Richard Long. L’œil curieux se fait entendre.Environ 7 heures de musiques qui documentent les 15 premières années de la carrière de l’artiste ; « face B » et autres raretés  issues de compilations à série limitée, des inédits qui ressemblent le plus souvent à un carnet de note sonore d’un work in progress qui tournerait en cercles légèrement décentrés. De ces artistes dont on reconnait la patte dès les premiers balbutiements, les premières esquisses. Parfois loin de ce qui le caractérise, mais jamais si éloigné… Toujours, l’évidence dépouillée du concept, cette humilité simple dans les  procédés rejoignant les mêmes intentions. Chronique d’une musique immanente


L'Un


Steve RODEN - "every color moving; 1988 - 2003" (coffret 6 cd; Sonoris. 2016)