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samedi 7 novembre 2020

Disco secrète de l'Un 9/10 : Fred FRITH "Step Across the Border"

 
L’archétype du disque confidentiel qu’on se repassait sous le manteau. Sauf que c’était souvent sous la forme de vieilles cassettes VHS : parce que Step Across the Border est avant tout un film. Un film documentaire tourné caméra au poing. 
Nicolas Humbert et Werner Penzel suivent le troubadour anglais dans toutes ses tribulations sonores, filmant ses soliloques aussi bien dans un bar à nouille tokyoïte que dans la Knitting Factory newyorkaise. Des rencontres sur les chemins de traverses musicaux aussi bien dans les constellations urbaines que dans la campagne provençale à taper le bœuf avec Iva Bittova et Pavel Fajt. Parenthèses privilégiées, à capter des moments hors-champs, des confidences sur la conception qu’a Frith de la musique ; de sa musique. Et on ne sait plus trop, dans ces moments d’égarement, si la musique illustre des cadrages qui captent et figent l’action dans un profond noir & blanc, ou si la trame du documentaire se détricote à la manière d’une de ses partitions espiègles. Aussi, ce documentaire s’inscrit peut-être dans la période la plus riche et hétéroclite du musicien alors ouvert aux vents contraires : free-rock (avec le power-trio Massacre ou encore Skeleton Crew - et le regretté Tom Cora derrière l’archet), impro foutraque pour guitare et cacahouètes, quand il ne tape pas le jam avec John Zorn. On sent aussi poindre des velléités d’une musique plus écrite au sens classique du terme (« The as Usual dance…. »). Le liant de cette bande-son kaléidoscopique réside certainement  dans les nombreux morceaux extraits de ces 3 albums parmi les plus fameux (et probablement accessibles) que sont « Speechless », « Gravity », et surtout « Cheap at Half the Price " et son distillat de pop bricolée et ludique . On tient au final le portrait intime et attachant d’un musicien à l’allure bonhomme qui a su rester humble et décontracté, et dont la curiosité malicieuse n’a d’égal que le plaisir de la rencontre et du partage. L’environnement immédiat pour Frith s’apparente à une vaste caisse de résonance où toutes les expériences sont possibles. 
Pour nous, auditeurs, Step Across the Border constitue peut-être un chouette antidote pour combattre morosité de l’infra-ordinaire, la bande-son parfaite pour qui se surprend encore à être émerveillé.

 

L’Un.

Fred FRITH « Step Across the Border (Fred Record. 1990)

 

samedi 10 mai 2014

Hot Dreams de TIMBER TIMBRE vs HAWKS ou pourquoi je n’écrirais pas une chronique digne de ce nom sur deux groupes qui n’ont d’ailleurs rien en commun


Au départ, je ne voulais pas écrire sur ces disques aux styles fort différents et encore moins les opposer. Par flemme, par manque de temps d’autant plus qu’ils avaient déjà eu droit de citer dans ces pages. Mais… snobisme oblige, c’est ce sticker « tttt » de ces ringards de Télérama collé sur le dernier Timber Timbre et placé en tête de gondole chez l’agitateur culturel moribond qui m’aura passablement agacé et décidé du contraire.

Si depuis pas loin de 3-4 ans, le s/t de Timber Timbre, véritable saut de l’ange sans filet, règne altier et sans partage dans ma discothèque, ce n’est pas le suivant « Keep On keeping On » qui aura bousculé la hiérarchie établie malgré les émois de la presse spécialisée. On criait déjà au génie sans oser admettre que ce nouvel opus restait clairement un cran en dessous. Voilà qu’on annonce, tous médias confondus, un nouvel opus au titre racoleur et plein de promesses à hauteur d’entrejambe. Bis repetita : fébrilement attendu comme le nouveau messie et acclamé par tous dans un consensus sans recul, aucun, j’ai l’impression d’être le seul à rester circonspect, le cul entre deux chaises, une chaise musicale dans le vide. Ok ok ok, les 2 ou 3 premiers titres semblent tenir la route dans la lignée directe des albums précédents, mécanique suave trop parfaitement huilée aux entournures à la façon d’une Marque Déposée pour véritablement renouer avec la sorcellerie initiale, combien même l’introductif et vénéneux « Beat the drum slowly » s’inscrit dans la catégorie « coup de maitre » intemporelle. Des ambiances exotiques appuyées voire gainsbaldiennes (!!) tracées au cordeau s’ensuivent  pour hélas très vite tourner en rond; puis on s’emmerde un peu, redite redite et tout est dit. Reste cette voix de sombre crooner de Taylor Kirk qui ne cesse de s’affirmer, et de prendre une ampleur tranquillement inouïe. Du genre à bouffer l’univers tout entier un de ces quatre et l’air de rien.
Le cas des (derniers) rockeurs psychotiques de HAWKS est différent, musiciens n'aspirant nullement à une gloire interplanétaire d'outre-tombe, un succès de niche leur convenant parfaitement. Là aussi la blogosphère semble soudain se réveiller, criant à qui veut l’entendre au génie inespéré depuis la fin rabâchée du Jesus Lizard. Sauf qu’on en est déjà au 4 ou 5° album les gars, hein ?! Bon : absence de titre, l’artwork de la pochette se résumant à une photo de leur local de répèt’, une production à l’équalisation remarquablement plate et dépouillée de tout effet, des titres inédits mélangés à une réinterprétation de morceaux plus anciens confirment cette impression de testament sonore, entre album de la consécration et cadeau pour les fans en forme de demo tape brute. Pourquoi fignoler quand on sait jouer, suer et saigner et embarquer un public de chevelus déjà acquis à sa cause dans une bonne vieille chevauchée virile ? Les HAWKS ne cessent d’enfoncer des portes qui leur ont été déjà grandes ouvertes, quatuor de rêve s’approchant dangereusement  de l’équilibre parfait et toujours aussi enragé.

Au final, si Timber Timbre arrivera tranquillement, album après album, à décrocher le statut envié d'artiste mouille-culotte pour trentenaires urbains consommateurs de produits culturels, Hawks eux se contentent crânement d'être le groupe le plus classe d'un monde en désuétude dans un genre soigneusement ostracisé, sans même faire de pub pour quelconque  marque de bière...
C'est bon parfois, d'écrire une sous-chronique où on ne se fera pas que des amis...

L'Un.

TIMBER TIMBRE : Hot Dreams (FullTimeHobby. 2014)
HAWKS : s/t (Rejuvenation. 2014)






mercredi 13 novembre 2013

Kirin J. CALLINAN : "Embracism"



Nick Cave 2.0 ?
Proto David Bowie ? 
Tom Waits stroboscopique ? 
Juste Kirin J. Callinan, nouveau en ville qui semble avoir la compulsive habitude de se regarder le nombril quand il n’est pas occupé à organiser ce crucial concours de bite qui le départagera enfin… Du premier (Nick), il en garde l’accent (et la nationalité), du second (mon vieux Dave), cette classe protéiforme, les saillies fulgurantes et la gueule d'empeigne n'appartenant qu'au suscité bonhomme, le vieux Tom trop occupé à régurgiter son mauvais vin.
Toujours marrant de voir ce genre d’escogriffe sorti on ne sait trop d’où (si, un groupe : Mercy Arms. 1 album, 2 ep's), un album solo à peine au compteur, et l’envie d’en découdre avec l’arrogance de ceux qui prétendraient le contraire. Il essaierait bien de nous effrayer dans son affirmation chancelante et surannée d’une masculinité écorchée vive, qu’il nous fait plutôt gentiment sourire. Sans ironie. De l’inique incertitude d’être né mâle dès son plus jeune âge... C’est sur ce genre de vitupérations que se construit là un album baroque, vénéneux et hanté où les ambiances aux structures complexes se télescopent , de la ballade au mauvais goût de variété à une idée moderne et dark du glam rock (une touche de Depeche Mode, une once de Bauhaus). Production  au scalpel tendue de bout en bout, arrangements anguleux enveloppés de ce son glacial parsemé de scories électrostatiques ; un bout de son âme forcément meurtrie qui se laisse saisir, perdu dans ces grands aplats de gris nuancé : la présence borderline de Kirin J Callinan exsude sur tous les morceaux, bestialité crue à fleur de peau cherchant la confrontation du mâle lambda en proie à ses doutes et angoisses récurrentes, chair  étrange. 
Chef d’œuvre orphelin auto-proclamé ? 
Coup de glaive classieux dans l’eau fangeuse ? 
Si ce putain de blog éditait un best-of de fin d’année à a la con, nul doute que l’animal y aurait la place qui lui revient de droit : celle du prédateur épileptique.

L'Un

Kirin J Callinan : "Embracism" ( TerribleRecords. 2013)

ses ep's précédents sur sa page Bandcamp

jeudi 19 septembre 2013

ELVIS COSTELLO & THE ROOTS: "Wise up Ghost"

C'est une plongée dans le passé.Un bain de jouvance? Une chute abyssale vers des origines oubliées? Avec ce nouveau disque, Costello, Elvis deuxieme du nom m'a embarqué et troublé en une seule écoute. Tout d'abord parce que c'est inattendu. On s'étonne toujours de retours pertinents, et lui fut capable du classe tout autant que du mièvre. "tous les jours j'écris le livre"...d'accord Elvis.
Pour autant le travail de sa voix ressemble étrangement à celle de Mark Ollis. Mais force est d'admirer sa limpidité malgré l'âge du bonhomme, un charme fou qui émane de l'aspect mélancolique des mélodies. c'est effectivement de la chanson nord-américaine d'aujourd'hui, c'est à dire franchement métissé. Son métier à tisser fait se croiser ses mélodies évidentes avec des rythmes urbains, hip hop pour la plupart, The Roots oblige. Les arrangements ont ce qu'il faut de grain d'antan pour que l'on croit au voyage. On est loin des fades hipsters. Les basses sont rondes, chaloupées parfois, provoquent un groove en léger décalage avec les lignes mélodiques pour en accentuer celui-ci. Merci les Roots!
La grande classe nord-américaine, les voix se doublent, se saturent de temps en temps, la rythmique est impeccable, et si besoin était l'apport sans retenue des cuivres et de l'orgue finira d'enflammer l'ultime récalcitrant! c'est un bon disque du matin, et ceux qui ont une décapotable (et donc du boulot), ben faut pas vous retenir...
Ce retour remarquable m'a conduit de mon côté à reprendre la plume ce matin pour contrer les difficultés que j'avais à faire mon come-back sur les Energumènes en ce frileux automne (à ne pas mettre une décapotable dehors hé hé). C'est toujours ça de pris.

L'Autre

Elvis Costello & the Roots: 2013 > http://www.elviscostello.com/micro/wise-up-ghost/

jeudi 20 décembre 2012

Deanne IOVAN : "just like you & me"

Le modeste chroniqueur va être obligé de baisser son calbute avec la chronique qui suit. De temps en temps, il faut bien s'engager et défendre la production d'un(e) ami(e) ; quelqu'un que l'on connait et dont la musique vous a touché, à un moment donné. Je l'ai fait il y a pas si longtemps avec une production de Shoi (l'Autre, quoi...). Je lui avais envoyé un email à l'époque, à dame Deanne « Come-Ons » Iovan de Detroit, lui faisant part de mon intention de d'écrire quelque chose sur ce blog qu'on venait de monter de toutes pièces avec l'Autre il y a déjà 2 ans de cela. Puis rien : pas pris/eu le temps de me pencher sur cette petite perle ; une des plus merveilleusement discrètes de ma discothèque/caverne. Nous sommes tous coupables de petites lâchetés ordinaires à un moment ou un autre. J'avais reçu cet album en exclusivité dans la boîte à lettres, un matin de juin 2008. Pas moins de 3 mois plus tard il était devenu le disque de chevet d'un primo-exilé se démenant tant bien que mal dans un de ces trous du cul de l'Afrique des conflits, joué sur un mini haut-parleur de lecteur mp3 dans la chambre bouillante et infestée de sympathiques insectes exotiques.
Pour mémoire, Deanne Iovan aura auparavant pas mal usé ses doigts sur 4 cordes et ses cordes vocales au sein des Come-Ons, groupe garage-rock groovy et sautillant qui s'orientait l'air de rien vers quelque chose de plus froid, cérébral mais toujours dansant avec le dernier « Stars », injustement perçu comme une trahison dans l'univers coincé des aficionados français d'un garage-rock pur et dur (et ce n'est pas le e.p reprenant Donna Summer et s'encanaillant d'un remix « Detroit Techno » qui allait les persuader du contraire... ). Non, « Just like you & me », premier album en solo, s'adresse à vous dans le langage le plus direct et intelligible retenu par Miss Deanne, soit une forme de pop bricolée à la maison, finement ciselée et intimiste. D'elle à vous, simplement. Juste vous susurrer pas mal de choses à l'oreille, et sans trop compliquer les choses en question. N'étant pas un anglophone parfait, c'est son ancien batteur rencontré par la suite qui me confiait que cet album à la mélodie mélancolique, composé de bric et de broc synthétique, puisait pudiquement son inspiration dans l'épisode de la maladie dégénérescente d'un proche de la demoiselle, celui-ci ayant peine à la reconnaître. Avant de savoir, j'optais plutôt pour la bluette de ces  histoires d'amour adolescentes déçues à la patine caractéristique, délicieux grand bond nostalgique. Mais Deanne nous parle à nous, à cet être aimé, et à elle même ; en elle même. Comment transcrire en ces pages, avec des mots, ce sentiment de perte, de flottement et d'oblitération, seul et livré au vent, à l'écoute de « Middle of the world », un soir à vélo, entre chien et loup alors que je traversais un quartier mort en passe de devenir une de ces friches industrielles dont ils ont le secret ? Le morceau se distillait tranquillement dans mes oreilles cotonneuses réconfortées : « qu'est-ce que je fous là », simplement. En moi-même, certes.
Une de ces chroniques dont je n'arriverais pas à m'affranchir, trop directement interpellé par la voix orpheline d'une grande petite sœur que je n'ai jamais eu. Entre saut de l'ange et testament sans retour en arrière possible : la dame ayant je crois déposé ses instruments depuis.
Temporairement bien sûr...

L'Un

http://www.cdbaby.com/cd/deanneiovan
http://www.myspace.com/deanneiovan
http://www.thecomeons.com/mo_home.html