Derrière GOAT (JP) on trouve un
certain Koshiro HINO, obsédé par l’électronique les percussions et STOCKHAUSEN.
Le monsieur a du croiser le fer avec une des incarnations les plus récentes des
BORDEDOMS et toute la clique avant-gardiste du pas si paisible archipel nippon. Un
pédigré pas si facile à tracer sur le net, mais son projet GOAT (JP) est
peut-être le plus en vue dans nos contrées occidentales. Le concept du quatuor
est simple : une pulsation toute motörik : GOAT n’est que
tourbillonnements percussifs et brouillage de timbres. Bah, juste un peu poussé
dans ses retranchements, comme seuls les Japonais en sont capables lorsqu’ils
s’approprient un objet exogène (ndlr : les clichés ont la peau dure
parfois. Mea culpa, okay ?!). Entre techno froide et hypnotique et
l’ivresse rêveuse d’un gamelan imaginaire, une musique de répétition 100% machine-free,
dont les micro-variations sont issues de l’erreur humaine, trop humaine.
Musique de commande aussi, « Without References » a été composé pour
la chorégraphe Cindy Van Acker (qui collaborait habituellement avec feu Mika "Pan Sonic"Vainio). Ce qui peut expliquer une forme plus froide,
presque démonstrative, contrairement aux 2 précédentes productions sur
lesquelles la présence humaine est plus dicible, les résonances plus rugueuses.
Mais cette rigueur fascine comme un objet qu’on observe à distance, les
paupières mi-closes et incrédules. Une polyrythmie fracturée inaugure l’album
avec le tribalisme clinique d'un « Quest », comme si le NEUBAUTEN des
débuts avait troqué les amphétamines pour une tasse de kombucha bio avec une
batucada de quartier. « Factory » s'inscrit dans cette ligne en
pointillés nerveux avec un rigorisme minimal encore plus marqué. Entre,
s'intercale une rêverie saccadée pour gamelan réinventé ou encore un « G-H-S »
qui flirte avec les tangentes heureuses d'une ambiant percussive de salon. « Orin »
relève du tour de force opiniâtre avec ses pulsations carillonnantes dont les
saccades rythmiques se révèlent à l’oreille aguerrie après une bonne dizaine de
minutes à l’épreuve. Il y a comme des échos distants et fragmentés de
CHARLEMAGNE PALESTINE dans ce morceau et le final « CR » qui
s’éloigne dans les brumes massives de cymbales grommeleuses. L’expérience est
tant physique que sensorielle avec GOAT (JP), à rechercher de la sorte la
fluidité du mouvement dans le groove forcené d’une transe implacable et
syncopée. Le travail exécuté est millimétré sans pour autant verser dans un
rigorisme mécanique : on sent, on entend le travail de la main, qui nous
emporte dans ce tourbillon subtilement asynchrone qui fait du corps et de
l’oreille un seul instrument de résonance. A placer sous le saint patronage de
Terry RILEY et à rapprocher des forcenés du rythme analogique comme leurs
compatriotes de NISENNENMONDAI, KUKANGENDAI (que j’aurais dû chroniquer à 3
reprises déjà ; la flemme…), Oren AMBARCHI (et son Quixotism, par
exemple) ou le binôme de choc INSTITUTRICE. Mais la liste est ouverte, comme l’échelle
de Richter.
L'Un.
GOAT (JP) "Without References / Cindy Van Acker" (Latency. 2025)

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