"La contemplation, c'est suspendre le temps à coups de beauté" (D. Lamotte)
Ce qu’il faut peut-être savoir sur Joseph « KMRU » Kamaru, c’est cette exquise discrétion qui gravite en fines volutes une approche rituelle et intimiste du fait sonore.
Tout est dit. Ou presque.
A peine 24 ans, et ce jeune prodige Kenyan tisse déjà sa
toile gracile entre Nairobi, Berlin ou autre Montréal. Son travail ressemble à
une profonde méditation, dont le préalable serait cette longue et attentive
écoute de son environnement direct. Enregistreur portable au poing, il se
penche sur la réverbération d’un lieu où la vibration d’une ambiance, le petit
incident sonore qui relève de l’infra-ordinaire. La suite se fait dans le calme
d’un home-studio, à caler nappes et volutes de synthés par-dessus. On est là
dans les canons gravés dans le marbre d’une ambient des plus classiques,
non ? C’est en gros les remarques de quelques auditeurs qu'on peut glaner
sur la Toile… Et c’est vrai. Mais peut-être que ce qui différencie un chef d’œuvre bien ficelé d’ambient du tout-venant doit finalement résider dans
ce petit plus indicible : cette finesse d’une granularité bien pondérée,
une mise en place aérée qui laisse les sons captés respirer par eux même. Le
reste relève de l’accident heureux ou contient cette part de magie innocente
et légère. Joseph Kamaru est un sorcier analogique. Comparé aux précédents Peel
ou Jar, Logue, s’il reprend le même modus operandi et s’inscrit dans la même
veine contemplative, montre plus de complexité. Dans la forme déjà, avec des
morceaux écourtés, dans l’ensemble moins statiques (avec ce qu’il faut de
planants), où les éléments posés interagissent entre eux de manière plus
affirmée et dynamique. Les field-recordings sont moins étouffés, davantage mis
en avant, secoués par des synthés qui ont délaissé les nappes épaisses pour de
jolis séquençages en pointillés. L’élément rythmique aussi est beaucoup plus
prégnant, renforçant le caractère organique de cet écheveau sonore. Une chaleur
lumineuse, affirmée et sereine se dégage de Logue. Une mise en abime troublante
aux effets hypnotiques et introspectifs qui nous ramène à ce sentiment primal
de confortable hébétude. C’est peut-être pas si éloigné, dans l'attitude, du lowercase de
Steve Roden.... Mais ce qui est sûr en revanche, c’est qu'ici, les
disques de KMRU passent en boucle, en rond, en large ou en travers depuis plus d'une année…
L'Un.
KMRU "Logue" (Inzajero. 2021)
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