lundi 3 février 2025

AI ASO : The Faintest Hint

"Seul au milieu d'une foule d'inconnus, je chante comme le soliste d'un chœur céleste- ma langue un nuage de miel- y a des fois où j'me dis que je suis bizarre" (R. Brautigan, Journal Japonais)

 

Vous connaissez Stephen O’MALLEY ? Pas forcément facile à identifier le gars, encapuchonné dans sa robe de bure lorsqu’il officie au sein du duo SUNN O))) (=> une bonne fois pour toutes, ça se prononce « sun » - sʌn, ok ?). A côté de ce légendaire combo de goules vrombissantes, il a aussi fait partie de KHANATE ou encore NAZONARAI, lorsqu’il ne se produit pas en solo ou dans de multiples projets collaboratifs. Soient autant de façons de décliner le métal dans ses formes les plus extrêmes, voire conceptuelles en entretenant un rapport physique au son. A côté de la bête de scène, l’animal est aussi un plasticien féru d’art contemporain. De toute façon, un gars qui a quitté Seattle pour Paris et cite tranquillement la b.o de Vertigo, On the Corner de Miles DAVIS ou Paranoid du SAB’ FOUR ne peut pas être fondamentalement antipathique. Et jusqu’ici tout va bien, non ? Parce que sur une petite dizaine de lignes j’ai réussi à vous parler d’un velu à capuche sans aucun lien avec la silhouette fluette de la pochette... Et AI ASO dans tout ça ? Eh bien en plus de ce CV long comme la manche d’une chasuble, il faut ajouter aux activités de cet hyperactif la gestion du label Ideological Organ (co-fondé avec feu Peter REHBERG (du superbe label electro pointue Editions MEGO). Et Fainted Hint dénote agréablement sur un catalogue où la ligne éditoriale très sérieuse oscille entre divers drones, et autres pratiques rituelles et hypnotiques. Deuxième album signé sur le label, la discrète direction empruntée reste la même, désarmante de simplicité et de candeur. Débarrassée en apparence de tous les artifices de production, on fait toujours face à ces squelettes chansons, dans lesquelles les notes de guitare égrenées avec parcimonie ou autres rares synthés, se confondent avec la silhouette fluette de sa voix solitaire. Des ritournelles aux abords simplistes qui se transforment en un conte d’un infra-ordinaire aussi impalpable que le flot d’un fin filet d’eau fraiche continu. De ce format anémié qui emprunte beaucoup à une dream-pop japonaise passée au mixer d’un minimalisme à l’austère zénitude, ne subsistent que doutes et solitude existentielle d’une jeune tokyoïte face aux affres de la trentaine. Ou la quarantaine peut-être. Parce que d’AI ASO, one ne sait pas grand-chose. Sinon qu’elle a collaboré avec le combo métal Boris (et quelques autres formations énigmatiques). Joli paradoxe renforcé par le fait que le groupe l’accompagne sur un ou deux morceaux (c’est Atsuo qui assure les percussions). Ce mur de son tout de velours diaphane est renforcé par la présence de Stephen O’MALLEY derrière les autres instruments. Rencontre de deux extrêmes qui établissent une sorte de long dialogue entre les silences suspendus de l’album. AI ASO semble souvent au bord de quelques abîmes, précipices et autres équilibres précaires, à exposer sa voix dénudée sans pudeur et sans filet. Posture incertaine où tout est pourtant soupesé et parfaitement mis en place, jusqu‘aux tensions qui s’installent entre deux notes hésitantes. Petite musique nocturne faussement naïve, désespérément honnête, qui distille sa mélancolie comme un poison sucré, un peu amer. Dehors le monde peut bien s’écrouler et courir à sa perte, la pluie bat derrière la vitre, le vol d’un piaf qui se perd dans un horizon cafardeux, les lumières de la ville, en bas : AI ASO s’en fout, elle continue d’avancer à la manière d’un koan hésitant.
 
 
L'Un.
 
 
AI ASO : "The Faintest Hint" (Ideological Organ. 2020)

mardi 21 janvier 2025

Taylor DEUPREE & AROVANE "Skal_Ghost"

 

Avec son label 12K et une discographie fleuve, Taylor DEUPREE distille une certaine idée de l’ambient qui a pu dominer au cours des années 2000 : mise en boucles hésitantes, sens du détail fragile, des objets amplifiés. Entre IDM et lowercase. Toujours, cette vague mélancolie contemplative tout en retenue et minimalisme évanescent. Une marque de fabrique rodée qui se décline presque ad nauseam d’album en album : on ne change pas forcément une formule qui gagne. Et se procurer n’importe lequel de ses albums est le gage d’une expérience à la lumière vacillante sans cesse renouvelée, comme un jour sans fin (ou un énième album d’AC/DC)…. Du coup cette collaboration avec l’allemand Uwe ZAHN (aka AROVANE) apporte cette bouffée d’oxygène nécessaire pour continuer à planer au-dessus des brumes et autres échos lointains. Parce que la musique d’AROVANE bien que solidement ancrée dans la musique électronique allemande, aime à sortir de son cadre, toujours paré aux excursions exploratoires. Un certain sens de la mélancolie reste au final le dénominateur commun entre deux artistes qu’un seul océan sépare…. Par fichiers interposé la collaboration se fait autour de patches et séquences du synthé Nonlinear Labs C15 qu’ils ont aussi en commun. Cette distance géographique imposée n’a absolument pas altéré la rencontre virtuelle tant l’objet sonore sculpté est presque tangible dans le creux de nos oreilles. Les univers sonores respectifs fusionnent au point qu’on pense écouter indifféremment le travail de l’un. Ou de l’autre. Les aplats de textures granuleuses traversent des mélopées embryonnaires et autres cliquetis étouffées. Instants d’espaces flottants qui prennent des lignes de fuite brouillées. Les bricolages fragiles de DEUPREE sont altérés par la brume analogique d’AROVANE. Musique hantée pour instants flottants à l’orée des forêts tempérées plutôt que musique d’ameublement, Skal_Ghost semble continuer précisément là où Brian ENO aurait pu/du se diriger après Thursday Afternoon ou The Pearl…


L'Un.

Taylor DEUPREE & AROVANE "Skal_Ghost" (12K. 2022).

lundi 6 janvier 2025

MOIN : You Never End

Spleen & malaise vagal.

 

Oui : « Le rock c’est un truc mort » m’avait asséné un gommeux sympa sous drogue de synthèse lors d’une pseudo rave de bourgeois de province improvisée au bord d’une rivière. Bah oui ma bonne dame, à force d’annonces putes et creuses, ça fait déjà un paquet de temps que les Dominique Seux de la presse musicale nous ont rivé dans le crâne leurs prophéties au rabais devenues depuis certitudes mastoc. Et ça fait un paquet de temps qu’on s’évertue à chercher le lapin blanc messianique dans un paysage à la surface de plus en plus morne. Poliment lissée. Calibrée. Alors la majorité silencieuse et hagarde ronge son frein en guettant le moindre pet foireux des méga-stars bouffies d’auto-suffisance qui tournent en boucle dans leur entre-soi has been. Mais le genre est polymorphe et sait revenir par ces brèches interstitielles là où on ne l’attendait pas. Parce que MOIN, c’est pas du rock. Enfin pas pour la majorité hagarde et silencieuse (et une bonne partie des autres). Surtout si on considère que deux des musiciens distillent une électro pointue avec leur projet RAIME. Pas vraiment dans les canons figés du genre, non. Point de guitar hero, nenni. Mais au moins on a une guitare. A la traine certes avec ses accords clairs égrenés en boucles paresseuses ; mais c’est une bonne base. Et une batterie. Discrètement virtuose, mate et jamais binaire (Valentina Magaletti infuse son art des polyrythmies complexes au sein des étonnants VANISHING TWIN). Avec ces deux instruments mis bout à bout on peut commencer à voir se profiler les contours d’un objet (avant-)rock complexe. Le trio s’arme d’une poignée d’invités derrière un micro monocorde comme pour mieux décliner le spleen ambiant en autant de vignettes de l’ordinaire désabusé. Ok : MOIN a dû éclore un de ces jours chargé de smog londonien, à charrier de la sorte toute cette morosité larvée au cœur de chaque morceau. Avec ces accents austères dignes de la Réforme un parallèle sympathique s’effectue d’emblée avec l’ironie contemporaine  de leurs compatriotes de DRY CLEANING ou le réductionnisme obstiné de DISAPPEARS : tous ces moines soldats du rock qui reculent discrètement certaines limites tout en humant l’air lourd du temps. Mais MOIN à choisi la voie la plus discrètement décharnée avec trois bouts de post-rock, quelques filaments de noise-rock, des filigranes électro et le moins d’effets de manche possible. Ouais le rock est mort, c’est pas du rock. Et c’est très bien comme ça. 

 

L'Un..

 

MOIN : You Never End (AD93. 2024)

vendredi 3 janvier 2025

La playlist 2024 des Energumènes

 

Cette étrange année résumée un peu plus de deux et demie. Garanti sans aucun texte et à jouer en mode aléatoire. Feliz ano novo, porra !