"Les femmes prennent de plus en plus de place dans l'espace musical" (Clara Luciani).
Les excursions précautionneuses dans les méandres
démultipliés de l’ambient-music ont tout de la quête du lapin blanc ; à
traquer la perle rare et ultime dans un océan brouillé de fatuité répétitive.
Entre gros placages d’arpèges lénifiants et textures dronesques
étirées ad-nauseam, les sorties de pistes auto-contemplatives
foisonnent, musique d’ameublement d’un vide sidérant. Ici on distille redite et
fatuité, là on étale une débauche de gros synthés analogiques très, sûrement
trop chers au service d’un propos boursouflé qui à défaut de viser la lune se
contente de ruminations spacenewage ... La frontière est mince (et très
subjective) entre des œuvres qui proposent un univers ouvert à nos cinq sens
affutés et une bouillie auditive interchangeable pour chiller tristement dans
le clinquant d’un shopping mall réplicable, paire d’écouteurs bluetooth rivée
sur les oreilles. Une overdose du genre vous l’avez compris, mais le propos ne
s’appliquerait il pas à tous les genres et sous-genres musicaux ? La
capacité du cerveau humain à assimiler masse de quantité est peut-être limitée,
alors autant se borner à écouter une poignée d’albums iconiques mais aussi
aller piocher sur les marges de ce genre aux contours filous (pour revenir à
notre ambient-music). Parce que ces derniers temps c’est exactement là (ou
ailleurs) que de belles choses étaient délivrées. Les marges en question sont
glissantes et on pourra aisément arguer que ce n’est pas vraiment de l’ambient.
Certes. Mais peu de styles musicaux ne restent figés dans des dogmes immuables,
il y a certes des gardiens du temple mais il y a aussi le préfixe post-
appliqué à tout va qui traduit bien ces évolutions (dans les années 60’s, on
parlait déjà de post-bop…). De là à parler de post-ambient, pas sûr qu’on ait
déjà osé. La tentative digressive rode dans ces lignes, il faudrait songer à
recentrer le propos sur nos trois artistes à la démarche ouverte.

Peut-être l’album qui se rangera le plus facilement dans
cette case ambient, le « Vanities » de la française Barbara BRACCINI
(aka MALIBU) est une plongée cotonneuse dans un gouffre à la fois posé et
distant, à contempler les frémissements d’une mégalopole à la dérive. Et on remarquera la parfaite
triangulation entre le titre de l’album, le visuel et son contenu. Un mystère
se tisse, de plus en plus diaphane, au fil des enchevêtrement de voix ténue,
nappes épaisses et touches éparses d’instruments acoustiques. Une onde de choc
cinématique au ralenti dont la richesse du détail enfoui n’a de cesse de se
révéler après des écoutes immersives qui s’apparentent à de belles séances de
méditation à la fois solitaires et connectées avec le reste du monde, là, dans
l’instant.

Un lent glissement s’opère avec PERILA (aka Alexandra
Zakharenko), celle-ci s’éloignant plus sensiblement des canons ambients.
« The Air Outside Feels Crazy Right Now » compile les pérégrinations
intimes et pastorales de ses dernières années, à la manière d’un carnet de bord
sonore. Les morceaux louvoient, se cherchent et semble tourner en rond, comme
une conversation avec un soi-même imaginaire. Histoire d’une transformation. A
l’instar de MALIBU, Alexandra ZAKHARENKO use de sa voix comme d’un instrument mais
la pousse légèrement dans ses retranchements que ce soit dans une longue traine
réverbérée ou dans des syncopes de fragments filtrés. Introspectif, l’album semble
aussi comme hanté, par la recherche d’un souffle, d’un appel d’air intime qui
se voudrait libérateur.

L’équilibre de « Hometown Girl » de l’américaine
U.E (aka Ulla STRAUSS) tient du paradoxe de ne plus vraiment faire partie de
l’écosystème ambient tout en s’inscrivant dans une musique d’ameublement.
Musique de chambre plutôt, dont le seul fil conducteur erratique serait ce
louvoiement de l’artiste dans les pièces et couloirs d’une maison imaginée ou
enfouie dans ses souvenirs endormis. Langueur blanche et diaphane. Tout en
échos fuyants et esquisses instrumentales comme captées sur le vif par un
microphone amateur posé là, presque par hasard. Musique faussement spontanée en
forme d’à-coups rêveurs à qui semble relater du lent déroulement d’une journée évanescente.
Jamais loin de la rumeur étouffée du tumulte du monde, si proche de notre
épiderme frissonnant…
Alors ambient, pas ambient ? Pas forcément ce qui rapprochera
le plus ces œuvres immersives. Le dénominateur commun est davantage à chercher
dans la démarche introspective exigeante de ces 3 artistes. Trois visions à la
sensibilité toute féminine ; et c’est précisément ce dernier point, loin
d’être anodin qui a toute son importance. Ce n’est qu’un point de vue non étayé
et probablement discutable, mais j’aime à penser que dans le microcosme de la
musique, la traditionnelle domination masculine tend à s’effacer pour laisser à la gente féminine cette portion naturelle d’espace qui leur est due. Comme une force
marémotrice le monde change imperceptiblement et tout en équilibre pour plus d’harmonie
et de douceur. En tout cas si ça peut claquer momentanément le beignet à cette agitation
masculiniste qui se déchaine ces derniers temps…. On a toujours le droit de
rêver
L'Un.
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