samedi 26 octobre 2019

Stephono ZIP "reel to Reel"


Stephono ZIP aime  trimballer avec lui ses micros. Les sons ainsi collectés et fixés sur la bande se plaisent par la suite à voyager eux-mêmes, ballotés et triturés entre les galets de vieux magnétophones. Ce froissement des bandes magnétiques leur donne une autre perspective, jamais si éloignée de la vibration initiale, l’origine sonore restant toujours vaguement identifiable. Stephono ZIP semble partir du fait sonore ainsi capté pour mieux l’observer et le confronter à ses propres limites, avec des techniques d’éditions relativement simples qu’offrent les magnétophones à bande (adjoint de quelques effets spéciaux en temps réel). Les paysages sonores (re-)créés sont souvent distanciés, comme on regarderait sans toujours le comprendre la vie en mouvement se débattre de l’autre côté d’une berge assoupie. Les atmosphères, calmes au départ, se télescopent et s’entrechoquent opérant un subtil et incessant glissement temporel : entre cette impression de revenir aux fondamentaux de la manipulation sonore et l’utilisation de sources diverses et parfois anciennes, l’auditeur pénètre à tâtons dans un obscur cabinet de curiosités, encore chargé de mystères et autres poussières.
C’est là un travail de musique concrète malicieux, ludique dont on ne peut jamais vraiment se départir de la forme et du fond. Une démarche qui relève de l’artisanat et d’un amateurisme au sens le plus noble du terme. Et le reste de sa production sur sa Page abonde dans ce sens et restitue très exactement l’univers analogique et sonore dans lequel Stephono ZIP se plait à évoluer. Celui d’un monde tangible, bien physique et pas encore dématérialisé.


L'Un. 

Stephono ZIP : Reel to reel (autoprod - 2018)


mercredi 18 septembre 2019

mixtape solo #11 de l'Un des Energumènes

"we don't fuck around".



Tracklist : 
1            FRIENDSHIP : rejected
2
Felicia ATKINSON : I’m following you
3
Felicia ATKINSON : monstera deliciosa
4
NISENENNMONDAI : b1
5
PLAISTOW : kari
6
23SKIDOO : s-matrix
7
Oren AMBARCHI : sagittarian domain
8
BLIND IDIOT GOD : shutdown
9
HIGH WOLF holy mountain
10
Midori TAKADO : crossing
11
Louis SARNO recordings : tree drumming
12
CAN : messer scissors fork and light
13
The BUG vs EARTH : gasoline
14
CAN : EFS 108
15
NO NECK BLUES BAND : open that grass can
16
Burnt FRIEDMAN : nerfs d’acier
17
PHARAOH OVERLORD : komaron runner
18
ANGUISH : wümme
19
LADDIO BOLOCKO : walkin’ creek survival
20
SCORN : hush
21
Nicholas James BULLEN : nocturnal crawl
22
EARTH : the colour of poison
23
YONA KIT : slice of life
24
GDFX : choose your emanation
25
LEATHER NUN : slow death

vendredi 6 septembre 2019

black midi "Schlagenheim"


Coup de génie bravache et disruptif ou hype marketing prompte à sombrer dans la corbeille virtuelle d’un 2.0 sans filet ?
Depuis près de deux décennies, on aura entendu que le « rock » (ou l’idée qu’on s’en fait) est mort avec le dernier des frangins Ramones, du king Elvis tout bouffi ou d’un Kurt Cobain perpétuellement chiant et dépressif, et que de toute manière c’était mieux avant, ayant moi-même cette fâcheuse tendance à reluquer dans la direction contraire.
Sauf que le quatuor de britishers en question sort à peine d’une école d’art, leur ligne de vie à peine entamée et une première signature sur le mythique Rough Trade pour faire fi des polémiques. Les fossoyeurs du NME n’a pas du les voir débouler ceux-là…
On tient entre ses doigts une petite galette de post- quelque chose, le préfixe galvaudé s’impose précisément en ce que ses contours insaisissables de l’objet en question savent autant puiser dans le swing figé d’un post-punk d’avant que dans les circonvolutions prétentieuses d’un math-rock de notre époque insatiable. Bric à brac foisonnant d’idées aussitôt oubliées une fois figées sur bande, le Schlagenheim de black midi (oui : sans majuscules) maitrise parfaitement l’art du collage et des brisures (poly-) rythmiques à la manière d’un This Heat (possible infulence ?) tout en distillant de francs aplats de grandiloquence paroxystique. La créativité du groupe tient dans cette volonté forcenée à ne pas s’enfermer dans un cadre répétitif, ses capacités d’exécutions bien affirmées (et un putain de batteur) lui permettant d’assouvir crânement toutes les audaces. Une vitalité inattendue qui ramènerait presque à la fraicheur des tout premiers Fugazi. Salutaire, en ces temps de vaches à lait maigres et mornes plaines aux sillons autotunés. 


L'Un.

black midi : "Schlagenheim" (Rough Trade. 2019)



mercredi 14 août 2019

Oren AMBARCHI : "Simian Angel"


Au vu de sa très sérieuse addiction aux (poly)rythmes hypnotiques, une collaboration avec les percussions « ouvertes » du brésilien Cyro Baptista s’imposait certes et ne surprendra guère l’auditeur habitué aux récurrentes obsessions du guitariste australien, lui aussi ouvert aux vents contraires.
Mais Oren Ambarchi a décidé qu’ils exploreraient le flou assumé d’autres territoires plutôt que d’enfoncer à nouveau les portes ouvertes par les précédents superbes d’un Quixotism ou autre Hubris. Pourquoi alors ne pas laisser s’effacer les tempi fuyants cette fois-ci, en les noyant de dissonances ambiantes et lumineuses. Deux pièces relativement courtes (+/- 20mn), qui posent le propos sans s’affirmer. Stratégie de l’évitement, lorsque les rythmes de Baptista se limitent à de simple pulsations ou patterns rythmiques en trop discrets pointillés. Mélancolie inattendue de notes de piano éparses et mineures, en écho contrarié à des nappes intrigantes et évanescentes d’une guitare trafiquée ou d’un orgue Hammond non-identifié. Une musique aquatique de murmures et entrelacements de flux continus. Le temps suspendu n’est jamais loin, l’heure bleue point à chaque instant répété comme un rituel insaisissable.

Plus charnelle que ses préoccupations ambiantes des débuts (on pense à Triste, Suspension ou Grapes from the Estate…), de loin une des expériences immersives les plus intimes qu’Oren Ambarchi nous ait livré. Flottance chaleureusement inaboutie.


L'Un 


Oren Ambarchi : "Simian Angel" (EditionsMego. 2019)